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Un ultime hommage à Mohamed Ali


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11 Juin 2016

Plus de 15 500 personnes, dignitaires du monde entier et anonymes, se sont rassemblées, vendredi 10 juin pour rendre un dernier hommage à l’ancien champion du monde de boxe Mohamed Ali.

Un incident avec le président turc Recep Tayyip Erdogan a eu lieu. Furieux d’avoir été empêché par la famille du défunt de prendre la parole, il a quitté la cérémonie. Il avait toutefois participé jeudi à la veillée mortuaire, dirigée par un imam.



Les funérailles de Mohamed Ali à Louisville, ont permis à un pays, divisé par les primaires, de communier dans un même élan. L'inhumation du boxeur dans sa ville natale, au coeur des Etats-Unis, a été suivie par une cérémonie d'hommage rassemblant plus de 15.000 personnes dont de nombreuses célébrités.

Ils sont venus de tous les coins d'Amérique, et même d'Afrique et d'Asie, pour lui rendre un dernier hommage. Des personnalités célèbres, comme Bill Clinton, se sont succédées pour prononcer un éloge en son honneur dans l'après-midi. L'ancien président a salué un «homme libre et de convictions», dont «les choix nous réunissent tous ensemble aujourd'hui» tandis que le comédien Billy Crystal a relaté comment il était devenu l'ami du géant en imitant sa logorrhée verbale. Il nous a appris que la vie c'est mieux quand on construit des ponts entre les gens, plutôt que des murs», a d'ailleurs déclaré l'humoriste, en allusion à la promesse du milliardaire républicain Donald Trump d'édifier une muraille sur la frontière mexicaine. Des dizaines de milliers d'anonymes se sont massés sur un parcours de 30 kilomètres, pour assister à la procession qui a mené Mohamed Ali vers sa dernière demeure, au cimetière Cave Hill, un havre de verdure tranquille de sa ville natale de Louisville, Kentucky. Ce vendredi, l'Amérique a enterré un fils et une icône, le boxeur noir au pas de danseur et aux poings d'acier, qui fut aussi l'un des plus fervents combattants des droits civiques de sa communauté.
«Le monde entier est à Louisville», a noté la chaîne sportive ESPN. Le trajet du corbillard a été soigneusement préparé par la famille Ali et est passé par plusieurs endroits importants liés au grand homme, dont le musée mémorial qui lui est consacré, le boulevard qui a été baptisé en son nom, et bien sûr sa modeste maison natale du quartier ouest, où des fleurs ont été déposées par les habitants. «Vole comme un papillon», pouvait-on lire sur un poster collé à un poteau. La phrase est une reprise d'une célèbre citation d'Ali, un boxeur ultradoué, mais aussi un poète instinctif, qui s'était décrit un jour comme un homme capable «de voler comme un papillon» puis de «piquer comme une abeille», quand il boxait. «Ali, Ali», criait la foule de ses fans, qui semblait vouloir faire aussi de cet adieu un moment de joie, en souvenir de la personnalité optimiste et explosive du grand boxeur.

«L'histoire d'Ali est un message d'espoir, un appel à se battre toujours»

Mohamed Ali, né Cassius Clay, stupéfie l'Amérique, quand, à l'âge de 18 ans, ce jeune Noir qui a commencé à boxer à l'âge de 12 ans parce que quelqu'un lui avait volé son vélo, arrache une médaille d'or dans la catégorie poids lourds, aux Jeux olympiques de Rome en 1960. Mais le boxeur sort très vite du domaine exclusivement sportif pour faire entendre sa voix sur une scène politique et sociale déchirée par la bataille des droits civiques, dans une Amérique encore profondément marquée par la ségrégation. Quand il rentre à Louisville avec sa médaille, le jeune boxeur se voit en effet expulser d'un restaurant de la ville où il est allé déjeuner… simplement parce qu'il est noir. Ulcéré, il se précipite vers la rivière et y jette sa médaille. Il rejoindra très vite le mouvement de la Nation de l'islam, se convertissant à la religion musulmane pour protester contre l'injustice qui frappe sa communauté, et prenant partie pour la frange radicale du mouvement antiségrégationniste, au côté de Malcolm X. Il va jusqu'à changer de nom, devenant Mohamed Ali, pour exprimer la révolte qui l'habite. Un parcours qui lui vaudra de nombreux ennemis. Les choses se gâteront plus encore quand il refusera, en pleine guerre du Vietnam, de répondre à l'appel sous les drapeaux. Beaucoup l'accusent d'être un couard et un ennemi de l'Amérique, le contraire d'un patriote. «Je suis l'Amérique. Je suis la partie que vous ne voulez pas reconnaître. Mais habituez-vous à moi, noir, sûr de lui, orgueilleux. Mon nom pas le vôtre, ma religion, pas la vôtre, mes buts, seulement les miens. Habituez-vous!», réplique-t-il à ceux qui le critiquent.
Dans les décennies qui suivront, ces griefs s'apaiseront et Mohamed Ali ne cessera d'inspirer le pays par sa combativité sur le ring, son engagement humanitaire, sa volonté de donner une image positive de l'islam, et aussi par son courage face à la maladie de Parkinson, qui enfermera peu à peu son corps et son esprit dans une prison. «L'histoire d'Ali est un message d'espoir, un appel à se battre toujours», lancera une reporter d'ESPN qui assiste, émue, à l'hommage de Louisville. Son histoire finalement très américaine inspire la nation parce qu'elle reflète ses combats, ses divisions, mais aussi sa capacité à transcender ses désaccords.



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