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Un boulevard transformé en un marché à risques


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24 Juillet 2015



Un boulevard transformé en un marché à risques

Depuis la limite de la première avenue Bolosse, à l’angle de la ruelle Alerte, jusqu’à l’église Sainte Bernadette, à la Cinquième avenue, cette partie du boulevard Jean-Jacques Dessalines, au sud de la capitale, devient de plus en plus impraticable. « Il y a plus d’une décennie. Et personne n’en parle », a laissé entendre une dame qui fréquente la zone depuis son jeune âge. Des automobilistes empruntent cette voie de moins en moins. Des piétons aussi. La majeure partie de ceux qui y accèdent sont majoritairement des résidents de la zone. D’autres y viennent pour s’acheter des produits que des marchands, venant d’autres villes des départements du Sud-Est, du Sud et de la Grand’Anse, apportent, exposent et vendent à un prix abordable sur les deux bords de la route et sur la chaussée.

« C’est un marché public qui ne fait pas honneur à la capitale », a lancé un motocycliste qui essaie de se frayer un chemin dans ce lieu immonde.

Aux côtés des montagnes d’immondices, des nappes d’eau stagnantes et puantes constituant le décor de ce tronçon de route, des commerçantes y passent la journée, exposent leurs produits, mangent et boivent. À certains endroits, des moustiques, des mouches et d’autres insectes nuisibles tournoient autour des fruits, des légumes, de la viande et des vivres exposés sur de petites tables et des fois à même le sol boueux sur de vieux tapis usagés par les marchands. Ils n’ont pas peur de contracter une maladie. Selon les affirmations de certains d’entre eux, leur santé importe peu moyennant qu’ils trouvent de l’argent pour prendre soin de leur famille.

« Que voulez vous que je fasse ? Où voulez vous que j’aille vendre mes figue- bananes ? Je ne peux pas me rendre à la Croix-des-Bossales. D’ailleurs, c’est un lieu où des bandits font la loi quand ils le veulent », explique une dame au visage ridé par la misère qui attend patiemment des clients.

« Tisè » est une commerçante. Elle a 60 ans et vient de Jacmel, ville située dans le département du Sud-Est. C’est dans cet espace, sur le bord du trottoir, dans une puanteur et une saleté infernale, qu’elle étale et écoule les vivres et les fruits qu’elle apporte. Elle y vient tous les jours dans ce marché en pleine rue à la troisième avenue Bolosse. Dans le temps, raconte-t-elle, la zone ne présentait pas cette image. En un clin d’œil, a-t-elle fait savoir, la zone tombe en décrépitude. Les autorités de la ville, estime-t-elle, semble avoir oublié cette zone de la Capitale.

Les gens qui habitent cette partie du boulevard Jean-Jacques Dessalines caressent le rêve de laisser la zone. Ils n’ont pas cessé de se plaindre de l’état lamentable dans lequel elle se trouve. De la première à la cinquième avenue, c’est le même décor, la même image et le même scenario. Des lots d’immondices à chaque coin ; des nappes d’eau dormante couvrant toute la chaussée et accueillant des débris de toute sortes, des  déchets, des fruits et légumes en décomposition ; des cochons qui cherchent de quoi s’alimenter dans la boue et les déchets qui s’empilent et alourdissent l’air. Les gens y vivent malgré eux à la merci du ciel.

« Cela fait plusieurs années depuis que la chaussée est transformée en un véritable cours d’eau. Des fois, pour me rendre en ville, je suis obligé de prendre des raccourcis », explique Jacques, un homme frisant la cinquantaine, qui habite à la troisième avenue depuis plus de vingt ans.

Autrefois, raconte Tipyè, un vieillard qui vit à l’angle de la ruelle Alerte, le marché qui se prolonge aujourd’hui sur la Grand-Rue n’existait pas. Il se limitait aux périmètres de l’église Sainte Bernadette. À présent, le boulevard Jean-Jacques Dessalines devient la honte de la Capitale. Le plus surprenant, c’est cette voie qu’empruntent tous ceux qui désirent se rendre dans les autres villes des départements du Sud. Ils ont peur de la zone. Quand ils y passent, ils verrouillent les portières de leurs voitures. Vous pouvez comprendre », explique « Tipyè ».

Il n’y a pas de doute, dans ces zones du boulevard Jean-Jacques Dessalines, en plus de l’insécurité des piétons due à l’encombrement des trottoirs, la vie de ceux qui fréquentent le périmètre semble n’avoir pas de prix. Les risques sont nombreux. Cependant, des commerçants viennent y chercher la vie chaque jour. Ils veulent se reproduire dans la société, trouver les moyens de prendre soin de leur famille, payer l’écolage de leurs enfants. Ils sont là tous les jours, livrés à eux-mêmes dans les conditions les plus inimaginables. Aussi disent-ils ne pas espérer grand-chose des autorités municipales de la commune.

Par : Ritzamarum Zétrenne



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