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« Sou pay » : la cité des « pèpè »


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14 Juillet 2015

« Sou pay » représente le lieu de la région métropolitaine où le commerce des fripes est le plus actif. C’est un lieu très fréquenté par les acheteurs qui y trouvent des vêtements à des prix dérisoires et mieux qu’ailleurs. Toutefois, cette affluence de gens vers cet endroit, trahirait, entre autres, un état pathétique et misérable du peuple haïtien qui vit de restes.



« Sou pay » : la cité des « pèpè »

« Quel est le plus grand supermarché de la capitale ? ». Certains ont dû, au moins pour une fois, entendre cette question. Selon les gens, la réponse est bien « Croix des Bossales ». « C’est le seul endroit à Port-au-Prince où l’on peut trouver tout ce que l’on veut ». Des produits cosmétiques. Des produits alimentaires. Et aussi des vêtements. Toutes sortes de vêtements. Pour toutes les occasions. Une visite à « sou pay » en convaincra quiconque.

Cette partie de « Croix des Bossales » est faite exclusivement pour le commerce des fripes. Sous des prélarts ou des toiles étendues attachées à des pieux pour contrecarrer le soleil, sous des galeries de dépôts…les marchands (hommes et femmes) étalent leurs commerces, attendant que le bon Dieu ou les « Ginen » fassent le miracle du jour : leur offrir une bonne vente. Leurs piles de « pèpè » bien étalées devant eux, ils attendent les acheteurs. Ces derniers ne peuvent même pas circuler avec aisance au marché. La très grande quantité de gens qui côtoient ces lieux, rend difficile toute circulation. Comme le nom du marché le précise, beaucoup de commerçants déposent leurs marchandises sur d’immenses montagnes de déchets existant de part et d’autre. Devant chaque marchand(e), les « pèpè » s’arrangent suivant leurs prix. Les plus chers sont étendus de sorte que tout le monde les aperçoive. Les moins chers sont empilés par terre sur un morceau de toile. D’autres, encore moins chers, sont liquidés par les marchands. «  25 goud ou mete, 25 goud ou mete », entend-t’on. Ou bien : « triye pou 10 goud ». Ou encore : « ak cinq goud ou abiye, vin bese triye ». Ou mieux, avec un peu d’humour : «  se tisina m ye m pa konn fè komès, m bay yo a cinq goud ».

Une marchande explique pourquoi les gens fréquentent tant ce marché : « peyi a pa gen kòb, kòm isi a nou pa nan kenbe pri, tout moun vin la a ». Et pourtant, cette zone serait très dangereuse. «  Depi yon moun frape avè m, mwen panse m pèdi kòb mwen, epi se lèm kite mache a m anpè », proteste un jeune garçon qui vient s’acheter ses « swag » à « sou pay ».

Des revendeurs viennent également acheter à « sou pay ». Ils achètent les vêtements pour ensuite les refermer avant d’aller les distribuer dans tous les « marchés-trottoirs » de la capitale. Ils ne paient pas beaucoup pour cela. «  Kòm mwen achte an gwo, mwen ka achte kèk mayo oubyen chemiz  deux pou cinq goud aprè sam bay fèmen yo a 10 oubyen 15 goud », raconte un revendeur. Il vend ses vêtements près du stade Silvio Cator.

Black est l’un des couturiers de la cité des fripes de « Sou pay ». Il est dans ce métier depuis plusieurs années. «  Moun yo renmen travay nan menm paske m koul », explique-il. Il connait le gout de tous les jeunes, surtout en matière de skinny. « Depi tijèn lan parèt m gentan konn kijan l’ap renmen poum fèmen rad la pou li », ajoute-il. Il pourrait travailler chez lui, mais il préfère se rendre à « sou pay ». Bien qu’il y ait plusieurs dizaines d’autres tailleurs en ce lieu. « Chak moun gen kliyan pa yo », explique-t-il.

À regarder le flot de personnes qui viennent acheter des vêtements à « sou pay » chaque jour, l’on peut s’inquiéter : comment considérer un peuple qui s’oublie à se vêtir de restes à ce niveau ? Pourquoi utilise-t-on à ce point les vêtements importés en Haïti ? Quelle est, in fine,  la valeur d’un peuple qui se vêtit dans la poubelle des étrangers ?

Par Ritzamarum Zétrenne



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