Connectez-vous S'inscrire
TapTapMag.com

Que réserve cet été en Haiti à l’approche de ces élections incertaines ?


Notez
1 Juillet 2015



Que réserve cet été en Haiti à l’approche de ces élections incertaines ?

L’angoisse, l’anxiété, la dépression sont autant de sentiments qui nous animent depuis le début de cette année d’incertitudes politiques et économiques. Tout le monde semble être lassé d’opiner sur l’inflation, l’insécurité, l’insalubrité, la dégradation de l’environnement, la corruption, la jeunesse en quête de repères, le chômage, le blackout, l’écart entre la pauvreté des uns et l’opulence des autres, le processus électoral, les comédies qui en résultent, et l’irresponsabilité de l’État.

En voyant les titres des journaux, on devine les faits routiniers et désespérants qui servent de contenu aux articles de presse. Devant l’écran du téléviseur, on s’attend à voir les mêmes images inquiétantes. À l’écoute de la radio, on ne s’étonne plus d’entendre les mêmes voix débitant les discours creux et les promesses vaines des politiques. On a l’impression de vivre un arrêt du temps pour assister à la répétition d’une vie socioéconomique et politique contraire à la dialectique.  La lassitude d’habiter un pays dont la régression est continuelle devient une pandémie. Pourtant, c’est le début de l’été qui devrait annoncer les festivités régionales et les instants de récréation. Une tradition qui ne devrait laisser  personne indifférent. Mais, un été qui ne débute pas comme on l’aurait souhaité.

C’est la dernière semaine des examens officiels. Les vacances s’annoncent pourtant sans enthousiasmer la jeunesse écolière et estudiantine. Encore moins les professionnels qui continueront à se rendre aux bureaux. Ceux qui iront en milieu rural n’auront pas d’autre choix, car ils sont dans les villes stressantes et angoissantes parce que leurs lieux de naissance n’ont pas d’infrastructures socioéconomiques qui les auraient permis d’y rester. Ils ne sont donc pas des citadins qui partiront en vacances. Mais, ils sont plutôt des gens qui fuiront le chaos de la vie urbaine pour retourner au bercail. Pour passer les vacances ? Pas certainement. Si au mot vacances il faut associer la joie, le bonheur, le partage, la convivialité et la découverte des lieux agréables de la campagne. Certes,  cela ne veut pas dire qu’ils ne trouveront ni les plages, ni les rivières, ni les arbres fruitiers qui font les délices de quelques voyageurs saisonniers. Mais, on doute qu’ils aient l’enthousiasme de jouir de ces temps libres en raison de la précarité socioéconomique qui les affecte tous. Les vacances devraient être certainement la période des loisirs dont la consommation implique la disposition des temps libres et du pouvoir d’achat. Mais, tout le monde ne pourra avoir accès au loisir. Car, il y a, comme dirait Joffre Dumazdier, des consommateurs du loisir, des travailleurs du loisir, et des exclus du loisir.  Alors, qui seront les vacanciers cette année ? Puisqu’il en aura. À quel été doivent-ils s’attendre avec ce vent d’incertitude qui souffle sur le pays à l’approche des élections dont nul n’est certain de la réalisation ?

Les vacanciers seront sans doute les mêmes fêtards de l’été dernier. Il leur suffira de disposer d’un pouvoir d’achat leur permettant de satisfaire au maximum leurs besoins. Aux festivités champêtres, ils iront danser les mêmes  bandes musicales, se mouiller aux plages ensoleillées et dans les rivières où demeurent les divinités ancestrales. Ce sera l’instant des bonnes dégustations : jus de noix de coco, tablettes de noix et de roroli, cabri grillé, et autres saveurs de la gastronomie spéciale du pays.  Ils jouiront des après midi entre amis sur les galeries des maisons qui ornent certains quartiers des milieux ruraux. Ils parleront des villes comme de vieux souvenirs. Néanmoins, si pour ceux-ci, cette nouvelle période estivale sera l’occasion d’exprimer leur fierté d’être fils et filles de la terre d’Haïti, montrer leur appartenance sociale par une consommation ostentatoire en raison d’une fortune discrétionnaire ou par simple bovarisme, pour d’autres, ce sera un moment de vivre autrement l’exclusion sociale qui caractérise la société inégalitaire d’Haïti.

Mais, on doit espérer que la paix règne jusqu’à la fin de l’été. Car, celle-ci est menacée par les contentieux politiques provoqués par  l’écartement de certains candidats de la course électorale dont la réalisation reste incertaine. En effet, la décision du conseil électoral provisoire de retirer de la liste des candidats inscrits pour les prochaines compétitions électorale a créé des tensions politiques dont les issus ne sont pas déterminables. On peut s’attendre à n’importe quelle éventualité politique ayant pour effet de fragiliser la paix sociale et la concorde précaire entre les différents groupes sociaux du pays. Si les dénouements heureux des conflits politiques sont souhaitables à tous ceux qui aspirent à la construction et à la gestion d’une cité pour un vivre ensemble permanent, ils ne sont jamais prévisibles. La lutte politique demeure à certains égards un véritable jeu du hasard au cours duquel chacun espère miser sur la bonne case ou le bon numéro. Car, chacun voudrait gagner et voir perdre l’adversaire. Dans le cas actuel du pays, il faut souhaiter que tous les joueurs misent sur la case ou le numéro qui devrait sauver le pays de cet abime que tout le monde a creusé en permanence par l’incivisme, l’irresponsabilité, l’esprit du clan, l’irrespect des valeurs de la démocratie et l’oubli de l’intérêt de la nation.

Le temps est, heureusement ou malheureusement selon l’usage dont on fait, irréversible. L’été est déjà là. Les festivités devraient avoir lieu dans les différentes villes provinciales. Chacun  se propose, peut-être, de vivre cette saison festive et traditionnelle à sa façon. D’un coté, les fêtards habituels ne se   guériront pas de leur envie de s’allonger sur les plages de jacmel, de Port-salut, des cayes, du cap, gouter aux différents mets délicieux de la bonne gastronomie haïtienne. De renouer un peu avec les traditions ancestrales. De revoir les membres de la famille de la campagne. D’un autre coté, il y aura ceux qui ne fêteront pas, mais qui se rendront pour fuir l’ennui, le cynisme, le bruit, le chaos, l’insalubrité, la promiscuité, et les violences des centres urbains où la vie semble être une fiction vertigineuse. Si cet été ne sera pas pour tout le monde le moment des vacances et des loisirs, il faut souhaiter qu’il soit une période de paix pendant le déroulement des élections qui s’annoncent mal déjà.

CHERISCLER Evens Boukman



Publicité







Facebook

Publicité