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Qu’y a-t-il d’haïtien dans nos assiettes ?


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18 Juin 2015

En Haïti, nous importons plus que nous exportons. La majorité des produits que nous utilisons viennent de l’étranger. Meubles, vêtements, tissus, et même la nourriture que nous consommons tous les jours. S’est-on jamais demandé quel produit haïtien comportent nos assiettes ? A-t-on juste une fois fait ce test ?*



Non. Nous n’irons pas à un restaurant. C’est un milieu aux mets diversifiés. Ce sera normal de trouver d’autres substances. Nous sommes chez nous. Un repas normal. Un dîner par exemple. Rien d’extravagant. Du riz, de la viande, de la salade et du jus. Qu’est ce qui est haïtien dans notre assiette ? Une simple question. Un simple test qui peut témoigner de notre incapacité à produire ce que nous consommons.

Dans une assiette, l’on ne trouvera pas grand-chose d’haïtien. Commençons donc par le plat de consistance : le riz. Plat de prédilection de toute la nation. Aucune chance que ce soit du riz haïtien. Puisque la majorité des ménages préfèrent acheter le riz importé sans doute moins cher. Avec un écart de 115 gourdes sur la marmite, le choix est simple. Facile et justifié. Les riz de la plaine de l’Artibonite seront pour les grandes occasions.

Le riz qu’il soit blanc ou qu’il soit accompagné selon la recette, nécessitera la présence de haricots. Ceux-ci ne sont pas haïtiens. Et non ! Le plus souvent, ils sont achetés sur la frontière. La Grande-Anse, plus précisément la ville de Jérémie, productrice de haricots, semble ne plus pouvoir tenir. Depuis que le seul bateau faisant le trajet Jérémie-Port-au-Prince disparaît, le haricot noir adulé des ménages, est devenu une drogue vendue de plus en plus cher. Dès lors, les marchandes vont à la frontière pour s’en procurer.

Pour la viande, elle sera du poulet le plus souvent. Parce qu’il est moins cher bien sûr. Point n’est besoin de dire qu’il n’est pas haïtien. Importé. Comme le riz. Certaines fois, le choix de la viande peut varier entre le bœuf et le cabri. Mais tous les ménages ne les choisiront pas parce qu’ils deviennent de plus en plus luxueux pour les citadins à faible pouvoir d’achat. Certains feront le choix de viande maigre. Du poisson par exemple. Mais il n’est pas haïtien. Dans nos assiettes, trônera le poisson « pèpè ». Les poissons que nos braves pêcheurs peinent à trouver, sont trop chers.

Dans nos assiettes,  probablement, seule la salade sera haïtienne. Les terres de Kenscoff offrent encore des légumes de toutes sortes. Les oignons, certains cubes et même les noix de coco nous viennent de la République voisine. Pour ce qui est du jus, ce sera le même refrain. Puisque même certains fruits viennent de la République dominicaine.

Le pouvoir d’achat des Haïtiens ne leur permet pas de faire des choix sensés. La quasi-totalité de ce que nous utilisons, produits de première nécessité ou non, nous viennent de l’étranger. Le moins cher est le bienvenu. Que ce soit du terroir ou non, ce n’est pas le plus important. Entre se nourrir et manifester la fierté nationale, ils choisissent. Justification du proverbe : chen grangou pa jwe. Entre-temps, l’on continue de compter comme les doigts de la main, combien de produits sont haïtiens dans nos assiettes.

Stephanie Balmir



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