Connectez-vous S'inscrire
TapTapMag.com

Pourquoi des pauvres devant les églises catholiques ?


Notez
27 Juillet 2015

Les pauvres sont présents un peu partout à travers les rues de la capitale. Devant les hôpitaux et les églises catholiques, ils sont beaucoup plus nombreux. C’est pour eux des points stratégiques. Ils y élisent domicile à des périodes précises de l’année : les fêtes patronales. Leur unique et principale activité se résume à la mendicité. Ils mendient pour ne pas crever de faim, pour améliorer leur condition de vie. C’est aussi une affaire de foi !



Pourquoi des pauvres devant les églises catholiques ?

« On a l’impression qu’une certaine institution fournit à la société haïtienne des mendiants et des pauvres, des gens que le système aurait oubliés mais qui cherchent, malgré tout, un moyen pour vivre », souligne un étudiant de la faculté des Sciences humaines. Une fois, raconte-t-il, à la rue Monseigneur Guilloux, à proximité du stade Silvio Cator, une luxueuse voiture dépose une vieille dame. Maigre et chétive, elle portait des vêtements abîmés, usagés et sales. Son visage, explique l’étudiant, tenait l’éloquent discours de la misère. « Cette dernière, une fois descendue du véhicule, se place dans un petit coin tout près d’un restaurant très connu du périmètre et tend sa main à chaque passant », a constaté le jeune homme.

Depuis, tous les jours, a remarqué l’étudiant, du matin au soir, elle est là, présente sur le bord du trottoir, à la même place, et réitère la même pratique : demander l’aumône à tous les passants.

A la rue Capois, presqu’en face du Bar de l’ère, une dame dans la quarantaine, se recroqueville sur le trottoir tous les matins, à la même place. « Cela fait plus de trois ans que je la vois dans ce coin », explique une autre dame qui vend des bonbons à l’angle de la ruelle Waag et de la Capois. Cette mendiante attend de chaque passant une pièce de cinq gourdes. Les plus généreux ont l’habitude de lui en donner dix. Ce qui fait qu’au bout d’une journée, elle gagne entre cent et cent cinquante gourdes. Des fois, explique-t-elle, elle ne reçoit rien. Pourtant, sur ses lèvres, elle garde toujours un léger sourire qui invite à la pitié et exprime de l’espoir.

Devant l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti, à l’entrée de la barrière principale, des mendiants s’alignent sur le long du trottoir. Ils implorent la courtoisie des passants. Surtout ceux qui doivent investir les locaux de ce centre hospitalier de la capitale. Ceux qui sont venus rendre visite à un malade, apporter de la nourriture, des médicaments à un hospitalisé. Ils sont toujours là, ces mendiants que le commun des mortels en Haïti appelle des « pauvres ». «  Nous sommes là parce que nous n’avons personne pour voler à notre secours. Quand les gens entrent dans les hôpitaux, ils croient qu’en  donnant quelques sous aux pauvres, ils attirent la grâce du créateur sur leurs malades », explique l’un d’entre eux. Aujourd’hui, ces pauvres mendiants se trouvent aux abords de la barrière Nord de l’HUEH.

Une affaire de foi et d’espérance

Au cours de la période estivale, à l’occasion des fêtes patronales, des habitants de toutes les villes et communes du pays se mobilisent, s’organisent pour marquer en beauté la fête de leur saint patron. Ces gens courtois viennent pour honorer une promesse, remercier les saints pour une guérison octroyée à un proche parent, un visa, une résidence obtenue pour un voyage aux États-Unis d’Amérique, un emploi ou une richesse qui s’accroit. Ils font des dons, apportent des fleurs, donnent de l’argent, de quoi manger et à boire à ceux qui se trouvent sur leur passage. Des pauvres-mendiants en particulier. C’est un rituel. Ils veulent pérenniser leur acquis.

À pareilles époques, ces pauvres mendiants sont remarqués, de moins en moins, dans les rues de la ville et de leur espace habituel. C’est devant les églises catholiques qu’ils s’y trouvent en grand nombre. Aussi y font-ils du pèlerinage. Le week-end écoulé, à l’église Sainte-Anne, ils s’étaient massés sur la cour de ce temple catholique détruit par le tremblement de terre de janvier 2010. C’est à l’ombre d’une construction provisoire que les adeptes du catholicisme se sont rassemblés pour prier, implorer la pitié et demander pardon à Sainte Anne pour les péchés commis.

À leur sortie de la messe, ces fidèles et croyants à faire le déplacement en la circonstance, tendent la main à ces pauvres gens, les abandonnés du système. Des gens dont la principale activité se résume à la mendicité. Ceux qui demandent l’aumône aux passants et à ceux qui fréquentent l’église. Ils ne veulent pas mourir de faim. « Hier soir, Sainte-Anne m’a parlé. Elle m’a demandé de venir ici, à ses pieds. Elle m’a fait savoir qu’elle me délivrera de mes souffrances. C’est sûr  qu’elle tiendra parole. Mais il faut avoir la foi », raconte un jeune homme. D’autres attendent de gagner à la loterie, un candidat qui leur apportera de quoi manger pendant la journée. C’est la raison principale de leur présence devant les églises catholiques. « C’est en ces lieux que je peux trouver ma porte de sortie », explique une vielle, le dos recourbé en s’appuyant sur un bâton. Cette année, Sainte-Anne me délivrera à coup sûr » se dit-elle confiante.

Malgré la croyance que placent ces pauvres mendiants dans les saints, l’aumône qu’ils reçoivent surtout à l’occasion des fêtes patronales, leur condition de vie n’a connu aucun changement. D’année en année, ils  se retrouvent toujours aux mêmes endroits, nourrissent les même espérances et attendent une éternelle intervention. Ils croupissent davantage dans la misère. Des gens à condition de vie aisée ou plus ou moins les enfoncent dans leur pratique. « Il faut donner aux pauvres. C’est Jésus qui l’a dit », ordonne une dame à son enfant en sortant de la messe dominicale à Sainte Anne. « Ces pratiques n’enlisent-elles pas davantage ces pauvres dans la misère ? L’église ne contribue-t-elle pas grandement à les renforcer pour mieux étendre sa domination ? », s’interroge l’étudiant de la faculté des Sciences humaines.

Par  Joe Antoine Jn-Baptiste
LN



Publicité







Facebook

Publicité