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Ouragan Matthew: une semaine cauchemardesque de plus dans l'histoire d'Haïti


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10 Octobre 2016

Cinq ans après le séisme du 12 janvier 2010, la République d'Haïti se retrouve de nouveau ravagée par le passage de l'un des pires ouragans de son histoire. Dans la nuit du mardi 4 octobre 2016, Matthew a tout dévasté sur son passage, notamment dans le département de la Grand'Anse et plus au sud-est. La population, démunie et menacée par la crise alimentaire et le choléra, est de surcroît traumatisée. Nos envoyés spéciaux et notre correspondante font le point.



Dans toute la Grand'Anse, les gens que nous croisons sont traumatisés, témoignent nos envoyés spéciaux dans la Grand'Anse, Stefanie Schüler et Marc Kingtoph Casimir. La semaine dernière, partie trop tard de sa petite cabane en bord de mer à Jérémie, Clarisse Jeudi a par exemple erré dans les rues de la ville en pleine tempête jusqu’à trouver refuge chez des habitants qui ont osé ouvrir leur porte pour la tirer à l’intérieur d’une maison en béton. Ils l'ont sauvée. « Le vent sifflait tellement », se remémore-t-elle.

« On aurait dit un engin lourd. Les vagues ajoutées à la pluie, c’était comme des coups de fouet sur ma peau. C’était extrêmement douloureux. A un moment, cette eau m’a touché au visage, aux yeux. J’étais comme aveuglée. Il n’y avait plus qu’un grand trou noir devant moi. Et quand on est obligé de fermer les yeux, on ne sait plus s’il faut monter ou descendre », explique Clarisse.

Au même moment, Jouberson Morphé, 18 ans, était cloîtré chez ses parents dans un autre quartier populaire de Jérémie. Ses proches n'ont pas survécu : « J’étais avec eux à la maison. Quand j’ai vu que les tôles du toit commençaient à se détacher, je suis sorti. Ma mère voulait me suivre. Mais en sortant, un morceau de tôle lui a coupé la gorge. Elle est morte sur le coup. Mon père est décédé à l’hôpital des suites de ses blessures. »


« La plus grande catastrophe, qui n'est pas visible, c'est la catastrophe écologique »

Que ce soit dans la Grand'Anse ou dans l'arrondissement des Cayes, les témoignages sont partout aussi poignants qu'à Jérémie. C'est également le cas à Port-SalutOrangerDame-Marie. Les paysages ravagés sont partout les mêmes, y compris dans les terres comme à Marfranc, Moron ou Chambellan. La situation serait difficile à Beaumont aussi. « On parle maintenant de 13 communes de la Grand'Anse qui ont été ravagées », relate Joël George, qui préside l’association des maires du département.

Sept jours après le passage de l'ouragan Matthew, beaucoup de communes haïtiennes attendent toujours l’arrivée de l’aide humanitaire. « La plus grande catastrophe, qui n'est pas visible, c'est la catastrophe écologique », explique Joanas Gué, conseiller du président provisoire Jocelerme Privert et ancien ministre de l’Agriculture. « La Grand'Anse, c'est un département qui gardait jusqu'à présent le meilleur pourcentage de couverture végétale », rappelle-t-il.

« Maintenant qu'on a toute cette déforestation inattendue, cela va influer sur l'ensemble du pays,ajoute Joanas Gué, parce qu'on va avoir des inondations répétées, parce que le sol va perdre une partie de sa capacité absorption. Et là, c'est un vrai désastre. Je prends l'opportunité de dire à l'ensemble des bailleurs : c'est vrai, les résultats sont plus palpables quand on intervient dans l'urgence pour distribuer des aliments, des trucs de toilette, etc. Mais la plus grande contribution pour la reconstruction de la presqu'île du sud, c'est la construction écologique. »


Corail, en Haïti, le 8 octobre 2016.
Corail, en Haïti, le 8 octobre 2016.

« Il y a une flambée de choléra de toute façon à chaque fois qu’il y a des inondations »

En attendant, chaque jour qui passe, les besoins des centaines de milliers de sinistrés deviennent plus pressants : eau potable, nourriture, sérums, soins... « Nous n'avons rien. Même les hôpitaux sont dévastés », commente Joël George, le président de l’association des maires du département. Ce dernier craint le pire, et le pire désormais, c'est le choléra, dont on parle déjà à Moron, dit-il, et « qui fait son petit chemin ». « Grand'Anse est en danger », prévient l'élu, rejoint sur ce point par René Domersant, interrogé par notre correspondante à Port-au-Prince, Amélie Baron.

« Il y a une flambée de choléra de toute façon à chaque fois qu’il y a des inondations, donc nous demandons aux gens de bien se laver les mains après qu’ils fassent leurs besoins, de ne pas mettre leurs mains dans leur bouche, de surveiller les enfants qui pourraient mettre n’importe quoi dans leur bouche. S’ils ont un premier signe de diarrhée aiguë, il faut qu’ils se réhydratent, qu’ils prennent du sérum oral et aillent dans le centre de santé le plus proche », explique ce représentant du ministère de la Santé au Centre national d’opérations d'urgence.

Il demande aussi aux gens se déplaçant de faire attention au risque de propagation, et que « les gens utilisent des pastilles de traitement de l’eau s’ils arrivent à en trouver ». « Ou bien il faut qu’ils fassent bouillir l’eau avant de la boire », précise aussi René Domersant, qui rappelle que « les gens sont habitués », et qui se veut rassurant : « Au niveau du ministère, avec tous ses partenaires comme l’OMS, nous avons des intrants : nous sommes prêts pour aider les gens face au choléra. Donc, nous pouvons assurer la prise en charge de manière efficace », dit-il.




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