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Obama brise le tabou du mot « nègre »


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30 Juin 2015

Chose rarissime, voire impensable, le président Obama a prononcé le mot nigger dans une interview fleuve accordée à une radio de Los Angeles pour pointer du doigt la persistance du racisme aux États-Unis.



« C’est juste un mot, long de six lettres, mais qui n’avait pas été prononcé par un président américain depuis des générations », souligne le New York Time en préambule. « Obama a invoqué le mot« nigger » dans une interview diffusée le lundi 22 juin en podcast, pour insister sur l’ombre que font encore peser l’esclavage et la discrimination sur la société américaine », note le journal.

Le quotidien de la Grosse Pomme prend même la peine d’expliquer, dans un second article, qu’il a exceptionnellement décidé de faire une entorse à son règlement et d’écrire le mot en toutes lettres, car « dans ce cas précis, une paraphrase ou l’usage d’un euphémisme aurait laissé les lecteurs dans la confusion et aurait ôté de la substance à l’article ».

Le site internet Politico souligne, pour sa part, que le président américain « est content d’avoir dit ce qu’il a dit ». Selon des conseillers de la Maison-Blanche cités par le site : « Obama savait qu’il allait être interrogé sur le racisme en se rendant à Los Angeles pour participer à l’émission de Marc Maron et il savait grosso modo ce qu’il allait dire. A la fin de l’enregistrement, il savait que la plupart des gens allaient se concentrer sur le fait que le président avait prononcé le mot de la langue anglaise le plus chargé racialement. Mais, pour Obama cette réaction est une bonne chose, car cela a poussé davantage de gens à discuter de la question du racisme que s’il n’avait pas dit le mot tabou ».

Dans les colonnes du Washington Post, le chroniqueur africain-américain Eugene Robinson insiste moins sur l’utilisation par Obama du mot « nigger » que sur le profond racisme de la société américaine.

Sentiment d’impuissance

« Le président a choisi un forum inhabituel pour délivrer ses plus francs commentaires sur les races depuis le massacre de Charleston », note le chroniqueur. « Il a déclaré [à la radio] que nous avons clairement vu les relations raciales s’améliorer mais que ‘nous ne sommes pas encore guéris’ du racisme et que ‘la question n’est pas juste que ce n’est pas poli de dire « nigger » en public’ (…) ».

Et Eugene Robinson de poursuivre : « L’élection d’Obama en 2008 a été sans conteste une étape cruciale, un événement majeur que je n’aurais même pas rêvé voir de mon vivant ». Il avoue cependant qu’il n’avait pas réalisé « que le simple fait de voir une famille noire à la Maison-Blanche allait accentuer les anxiétés et les conflits raciaux. Je ne me rendais pas compte que le spectacle d’Africains-Américains exerçant le pouvoir allait renforcer le sentiment d’impuissance et de victimisation de certains Blancs ».

« Sur le long terme, je suis optimiste, poursuit le chroniqueur, mais un avenir post-racial ne va pas se matérialiser d’un seul coup. Nous avons un travail urgent à faire (…). Notre société parviendra à mettre un terme au racisme lorsqu’elle cessera d’être raciste. »



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