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Moses Supa Deno : de la célébrité à la pauvreté extrême


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25 Février 2016

Sans fonds de pension ni économies, Moses Supa Deno qui a connu des heures de gloire dans le temps, tente de survivre avec ses maigres moyens. Sans emploi, il s’isole, évite les grandes premières, pour ne pas avoir à répondre aux questions des journalistes sur son absence à la télévision et sur scène. Loin de couler une retraite paisible, Moses Supa Deno, le gagnant de la deuxième édition du concours Chante Nwèl de Télémax dans les années 90, vit dans une extrême pauvreté. Une réalité que de nombreuses gloires de la musique haïtienne partagent également.



Moses Supa Deno : de la célébrité à la pauvreté extrême

C’est dans un mini-bar,  à « La Maison du parfum », à la rue de l’Enterrement, au centre-ville, que Moses Supa Deno, l’ancien bras droit de Master J, me reçoit à sa table remplie de bières. Il est frustré, grincheux, agressif même. À le voir, il n’a aucune envie de répondre à un tas de questions, mais ses amis dipsomanes désireux de réécouter l’histoire de sa vie lui en obligent. Teint noir, de grande taille, vêtu d’un pull-over rouge sur un bermuda crème, plus d’une dizaine de boucles à l’oreille, Supa Deno garde son look d’artiste en dépit de sa déchéance. Père de trois enfants d’origine italienne, d’une femme dénommée Yvelise Moscoso, il sombre dans les oubliettes sans cadre de vie favorable.

Avant de devenir l’artiste saoul qui erre sur la place Sainte-Anne au quotidien, la musique de Supa Deno a bercé l’enfance de bien de mélomanes. Né en République dominicaine à Santiago, le 8 février 1978, d’un père guitariste, San Victor Deno, Moses Supa Deno a partagé son éducation entre le Centre d’études classiques de Delmas et le Collège de Juvénat à Pétion-Ville. Après avoir raté son passage à l’Université Quisqueya, il est devenu le poulain de Master J, l’un des pionniers du rap créole. La musique est au centre de sa vie.

« Après avoir bouclé mes études classiques, je suis rentré à l’université Quisqueya pour étudier la Gestion. On m’a congédié pour avoir participé à une bagarre avec un professeur de l’université. Je n’ai plus jamais remis les pieds là-bas. Donc, je n’ai pas pu terminer mes études universitaires. Mais j’ai toujours été studieux », a raconté ce jour-là, Supa Deno.

« Outre mon statut d’artiste, je suis cordonnier, tailleur et cosmétologue. Mais je suis né avec la musique dans le sang. Le Rock et le blues ont bercé mon enfance. Mon père, Victor San Deno, faisait du Rock. Il était musicien et guitariste. J’aimais le blues et le rock à un point tel que mon père m’a déclaré un jour que je serai une superstar. Je l’ai, bel et bien, été, mais mon père n’a pas vécu assez longtemps pour le voir », a-t-il poursuivi.

Supa Deno a travaillé avec de grands musiciens tels Fabrice Rouzier et Kéké Bélizaire au sein de Haïti Rap and Ragga. Ses meilleures performances, disponibles sur Youtube, ont eu lieu lors d’une représentation live de « Manmzèl » avec Master Dji, Kéké et Fabrice au Gymnasium Vincent, et pour ses succès personnels, on allait le retrouver au Konkou Chante Nwèl de la Télémax dans les années quatre-vingt-dix, avec sa version originale « Nwèl nan wèl ou » qui lui a valu la première place.

« Pourquoi le Sida ? C’est ma première chanson. Je l’ai chantée une fois en présence d’un ami qui m’a ensuite emmené voir Master J. Aussitôt, celui-ci m’a demandé de lui apporter une autre chanson bien travaillée, pour qu’il me produise. Alors, je suis rentré chez moi et je me suis mis à écouter du Rap américain à la radio. J’ai ensuite écrit un texte que j’ai rapporté à Master J. À son studio, j’ai croisé bien des artistes. Top Adlerman était là. J’ai interprété la chanson pour Master J qui était content. Il m’a offert 250 gourdes pour le texte. Depuis lors, Master J et moi avons commencé une belle collaboration. »

Rien ne destinait Supa Deno à l’impécuniosité, pourtant il nage à présent dans un tourbillon de soucis financiers. Ce remarquable artiste qui a porté sa musique dans les contrées des États-Unis, en France et dans les Antilles ne chante plus aujourd’hui.

« Être artiste en Haïti est un métier difficile surtout si on n’a pas grandi dans une famille aisée. Ce n’est pas une activité rentable. Et ce n’est pas sans raison non plus que j’ai choisi de ne plus chanter. Être musicien ne m’a pas valu grand-chose sinon que de la popularité. Au vu et au su de tous, j’ai été une star, mais j’ai toujours vécu dans la précarité », révèle-t-il, avec une voix nouée à la gorge.

Du statut de star à la dèche : c’est le triste destin de Moses Supa Deno, l’artiste qui a la carrière teintée de succès musical. Il a vieilli aujourd’hui, et loin de couler une retraite paisible, il vit dans la pauvreté. Tant et si bien que ses frères musiciens, Posse X, Fresh La, Atròs du groupe RockFam, ont décidé récemment de lancer des activités de collecte de fonds pour l’aider à remonter la pente.

« Ce sont des beaux parleurs. Posse X est le seul à m’avoir envoyé deux cents dollars américains. Depuis la soi-disant collecte de fonds, ma situation n’a toujours pas changé. Car je n’ai reçu aucune aide pouvant m’aider à reprendre vraiment le cours de ma vie », confie-t-il. Supa Deno tente de survivre. Loin des feux de la rampe, il attend patiemment son dernier souffle dans une précarité souveraine.

Aljany Narcius
LeNational



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