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Lyonel Trouillot : Viv Toulejou tounen yon tantativ suicid


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1 Août 2015



Lyonel Trouillot : Viv Toulejou tounen yon tantativ suicid

La plupart des  amants du livre disent souvent que le temps de la lecture d’un poème est bien mince par rapport à celui d’un récit quelconque. Ils n’ont de cesse de dire aussi que la poésie cherche à atteindre le bel inconnu des mots,  en ce sens qu’elle n’est pas à même de traduire la réalité et que son unique souci est de plaire. Ont-ils raison de dire cela ? Et la poésie a-t-elle toujours  mission de plaire ? Sans prendre le contre-pied de leurs propos, nous tenons à dire que parfois deux  vers  d’un poème  pourraient  être quelquefois un livre de dix mille pages : un roman, un essai, etc. En témoignent deux de Lyonel Trouillot du poème « Dènye mo », paru dans le collectif  « Ancre des dates 2009 », que vous allez découvrir dans les lignes suivantes.

             Dènye mo

Pa ret anyen pou m di                                                                                                                                                                        
Viv tounen toulejou
yon tantativ suisid 
Mwen boule papye
Mwen boule rèv
Mwen boule mo.                                                                                                                                                                                              
Se pa ridèfonfò ase k gen kokobe
Maten an m boule  
dènye mo m t anvi di                                                                                                                                                       
Mwen boule tout anvi                                                                                                                                                                           
Epi m chita chita m                                                                                                                                                                                             
kou on vivi dodo la                                                                                                                                                           
k ap tann yon bann machwè
pou l al ri lantèman.

Tout le poème est chargé comme un œuf, du premier vers au tout dernier. Si nous  admettons  un instant que le poète parle de lui-même, nous dirions qu’il semble être las de vivre. Peut-être a-t-il trop vu et entendu l’inacceptable. Il est là, se sentant comme un handicapé de la rue des Fronts-Forts.  Ne veut-il pas dire qu’on est partout handicapé ou le handicap est partout. Tout comme dans la pièce « Brakoupe » de Syto Cavé, faut-il qu’un individu ait une déficience physique pour qu’il soit handicapé ? Vivre n’est-il pas un handicap pour le poète ? Et les deux vers, à notre sens, les plus chargés du poème et du poète sont ceux-ci :

« Viv tounen toulejou                                                                                                                                                                                            
yon tantativ suisid. »

Ces  vers peuvent  intriguer l’esprit  de tout lecteur s’il prend le temps d’y réfléchir. Si vivre tous les jours est devenu une tentative de suicide, dans ces vers il peut y avoir tout cela comme analyse : 1er)Il y a  plus de vie dans le suicide que de mort. Et du même coup : 2e) Il y a plus de mort dans le vivre que de mort dans la mort elle-même. 3e) Il y a plus de vie dans la mort que de vie dans la vie elle-même 4e) Si vivre est tentative de suicide alors suicide est tentative de vivre.  C’est ce déconcertant paradoxe-là qui fait la profondeur du texte. Est-ce une façon de dire que la réalité est délaissée à partir de sa cruauté ? À travers ces deux vers de Lyonel Trouillot, nous avons l’impression que l’auteur essaie de nous dire qu’il ne faut pas s’enfermer trop dans la vie, parce qu’on n’a plus rien à y gagner, étant donné  qu’elle pousse à tout incendier : papiers, rêves, mots, envies.

Et ne plus rêver implique ne plus vivre. Et le poète devient quasiment amorphe. Il n’attend que le moment opportun pour aller voir ce qu’il y a de mieux de l’autre côté de la vie. D’où toute la cohérence du texte. Pour l’auteur de « La belle amour humaine », la vie semble être un suicide lent. Et persister dans la vie, c’est se suicider. Est-ce un appel au suicide que lance le poète ?  Le suicide existe-t-il vraiment pour lui ? Pour que vivre semble être un suicide lent, n’y a-t-il pas lieu de parler de  « suicide du suicide ? En ce sens que l’individu qui se donne la mort se la donne dans le grand suicide qu’est la vie ?

Un poème ne renvoie pas uniquement à un poème. C’est tout le poids du réel qui est bellement  synthétisé dans sa cruauté ou dans sa générosité. Il est des poèmes tel « Dènye mo » de Lyonel Trouillot et des vers : « Viv tounen toulejou , yon tantativ suisid », face auxquels on tremble de mille frissons, parce qu’ils vous entrent dans les yeux comme des étincelles de feu.



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