Connectez-vous S'inscrire
TapTapMag.com

Liberté d’expression/ Presse haïtienne : L’urgence de s’interroger


Notez
4 Juillet 2015



Liberté d’expression/ Presse haïtienne : L’urgence de s’interroger

Comme l’a fait remarquer Suzy Castor dans son texte « l’occupation américaine d’Haïti, Henri Deschamps», de 1922 à 1929, Borno fit voter dix lois qui restreignirent la liberté de la presse. À cette époque, fut instituée la prison préventive contre les journalistes. Avec la dictature duvaliérienne, la censure a été la stratégie gouvernementale pour réduire au silence les voix protestataires. Les politiques, les artistes, les journalistes, qui n’approuvaient pas les modes de gouvernance du régime, devaient subir toutes les formes de répressions ou partir pour L’exil. Mais, certains citoyens, particulièrement de la presse, ont pu mener une longue résistance. Tantôt ouvertement, tantôt dans la clandestinité.

Les assassinats, les emprisonnements, les censures ont été le sort pénible de ceux qui menaient la résistance et le combat pour l’établissement d’un état de droit. Le régime Lavalas a offert des scènes où les libertés d’expression et de la presse ont été systématiquement violées. En somme, tout le 20e siècle fut une période de censure et de répression contre la presse. Mais aussi une période de résistance et de lutte pour le respect de la liberté d’expression, de la presse et l’avènement d’un Etat de droit. Mais, nous sommes encore aujourd’hui en train de nous demander que valent les libertés d’expression et de la presse en Haïti ?

Les différents rapports du RNDDH sur la liberté d’expression et de presse dont « Les libertés d’expression, d’association et de réunion en péril en Haïti publiés le 9 décembre 2013, Plaidoyer du RNDDH pour le maintien du rapporteur pour la liberté d’expression du 22 mars 2013, et Haïti : Menaces contre les organisations de défense des droits humains et la presse du 11 avril 2014  de la POHDH» proposent un diagnostic de cette problématique en éclairant l’opinion des acteurs qui voudraient s’ informer sur la situation des droits humains en Haïti.

En effet, le rapport du 9 décembre 2013, présente les dispositions légales internationales et nationales sur l’exercice de la liberté d’expression, d’association et de réunion. Les articles 19 et 20 de la déclaration universelle des droits de l’homme et les articles 28, 28.1, 31 et 31.2 de la Constitution haïtienne du 29 mars 1987 établissent les cadres légaux de la jouissance du droit à la liberté d’expression et de la presse. Néanmoins, malgré l’existence de ces cadres normatifs et légaux, nombreux cas de violations et de répressions ont été enregistrés depuis l’avènement du président Michel Joseph Martelly. Selon le RNDDH, de 2010 à 2013, vingt quatre cas d’agression contre les journalistes ont été enregistrés. Et dans le rapport de la POHDH il est relaté que des actes d’intimidation portant atteinte à la liberté d’expression et d’association des citoyens ont été des faits courants dont l’impunité demeure flagrante aux yeux de la population haïtienne.

De la présentation de ces documents informatifs, il faut retenir que les libertés d’expression et de la presse sont systématiquement violées par les autorités étatiques qui auraient dû les faire respecter. Dans les conclusions et les recommandations du rapport du RNDDH et de celui de la POHDH, des appels à la vigilance ont été lancés aux organismes de défense des droits humains afin de garantir l’exercice des libertés d’expression et d’association indispensables à l’établissement d’un Etat de droit et à la sauvegarde des acquis démocratiques. Par ailleurs, le RNDDH recommandait, aux autorités étatiques, entre autres, de cesser les menaces, les attaques et les intimidations contre la presse. De respecter le droit à l’information de la population.

Les faits exposés dans ces rapports portent à comprendre l’urgence de s’interroger sur la valeur des libertés d’expression et de la presse, dans une société où l’Etat s’est institué en principal violateur de ces libertés. Doit-on croire qu’elles doivent être mises en valeur sans que leur jouissance ne constitue un obstacle à l’exercice du pouvoir politique ? Valent-elles quelque chose quand elles n’interpellent pas les citoyens à exercer un droit de contrôle sur les modes de gouvernance politique ? Ou comme disait Aristote sur l’amitié en politique, les citoyens et les journalistes exerçant leur droit d’expression, auraient-ils la clémence, la sympathie des autorités politiques quand ils ne leur nuisent pas et quand ils se montrent utiles à  leur gouvernance ? Ces interrogations devraient inviter les citoyens à discuter sur les rôles qu’ils doivent jouer dans la définition de ces libertés et réactualiser les discussions sur les violations et répressions, les résistances, les luttes, qui ont déjà eu lieu sur la question. Les droits démocratiques ne sont jamais des acquis définitifs, en raison des dérives des pouvoirs politiques. Il s’agit toujours d’un chantier en construction exposé à toutes les menaces des pouvoirs publics.



Publicité







Facebook

Publicité