Connectez-vous S'inscrire
TapTapMag.com

Les plages en Haiti : des bordels à ciel ouvert


Notez
27 Juillet 2015

Les plages, en Haïti, se transforment, de jour en jour, en de véritables espaces où les gens, les jeunes surtout, s’offrent toutes sortes de plaisirs. De l’alcool au tabac, en passant même par la marijuana. Ce sont également des endroits où le sexe devient une affaire publique. La pudeur n’est plus au rendez-vous. Une visite aux différentes plages de la côte sud de Port-au-Prince, le week-end écoulé, en dit long.



Des couples de jeunes qui, au fond des eaux, s’adonnent a des ébats sexuels. / Photo : Joe Étienne Jean-Baptiste
Des couples de jeunes qui, au fond des eaux, s’adonnent a des ébats sexuels. / Photo : Joe Étienne Jean-Baptiste

Lambi, une localité située non loin du quartier de Mariani, a été le point de départ de cette randonnée. Tous les regards étaient rivés sur quiconque prenait la direction de l’une de ces plages. «Ce n’est plus un secret pour personne. Dès qu’on emprunte cette direction, on va chez « gwo manman», explique un jeune garçon au corps tatoué presqu’au même titre que Lill Wayne. C’était sa destination également. De la route nationale numéro 2 à « kay gwo manman », on parcourt juste quelques mètres. Après environ 5 minutes de marche, « kay gwo manman » est déjà prête à accueillir tous ceux qui désirent se faire servir.

Au bord de cette mer, de multiples tentes sont montées qui abrite chacune un marchand et un grand nombre de clients. Au bord de tables garnies de whisky, de bières, de clairin local ou de rhum de toutes sortes, les mâles ricanent en se moquant des « fesses » de « vendeuses de sexe », oscillant nues dans tout l’espace. « En voilà une ! », disent-ils, d’un ton ironique. Les femmes font des va-et-vient ternes dans tous les coins de l’espace, les oreilles on ne peut plus attentives. Certaines d’entre elles s’exposent en des coins stratégiques, s’asseyant et ouvrant battantes leurs cuisses comme pour dire aux hommes «  mon affaire est assez grande, vous pouvez l’acheter ». Elles sont de toutes catégories d’âge : des adolescentes, des adultes et même des quadragénaires. Elles se vendent pour 50 gourdes afin de pouvoir assurer leur survie.

Nana, nom d’emprunt, vient chaque jour  chez « gwo manman ». Vendre le sexe, c’est son travail. Elle dit ne pas avoir le choix. « J’ai commencé à faire ce travail il y a longtemps. Maintenant, je m’y habitue entièrement. Je n’ai rien d’autre à faire que cela », explique-t-elle.

A en croire un jeune garçon rencontré sur le chemin, il a fait savoir que  « kay gwo manman » est souvent en proie à de grosses bagarres. Des gens se battent, se blessent pour presque rien. Cependant, confie-t-il, il aime bien se rendre à cet espace où le sexe se vend à bon marché. « J’habite tout près d’ici. J’y viens souvent pour m’amuser », précise le jeune.

Dans la commune de Gressier, il était impossible de ne pas remarquer une nuée de gens, majoritairement des jeunes, qui entraient et sortaient des différentes plages longeant tout le périmètre. Le Week-end, ces plages sont bondées de gens. Tous, des jeunes, filles et garçons, qui veulent « s’éclater ». Non loin du commissariat de la commune de Gressier, une seule rentrée conduit à quatre plages. Si chaque propriétaire a sa porte d’entrée, dans la mer, il n’y a pas de barrière. Tout le monde est un. Plus d’une centaine de personnes se trouvent dans les eaux salées. Ils sont plusieurs dizaines à s’amuser. Ils puent l’alcool et la fumée de cigarette. Parmi eux, des « ti blòdè » en skinny et chemisette, des « thugs » également, et des « limena » qui dansent le « ponntche » au rythme de la musique « Rabòday » qui est diffusée dans l’espace.

Selon Dadou, la gérante d’une plage à Gressier, plus il y a d’activités malsaines sur une plage, plus les gens  la fréquentent. Elle justifie la faible fréquention de la plage qu’elle gère par le fait qu’elle n’en fait pas un bordel. « Je n’ai pas beaucoup de clients moi, ma plage accueille surtout des couples qui cherchent de l’intimité », explique-t-elle. Mais elle admet que la plage est une activité très rentable. « On peut gagner beaucoup d’argent quand on a une plage. Surtout en week-end et les vacances. Des gens y viennent pour se défouler », ajoute Dadou. Elle a raconté ironiquement que les gens refusent de payer une chambre quand ils viennent sur les plages de nos jours. « Ils préfèrent s’accoupler sur le sable aux yeux de tous, ou dans la mer », révèle cette jeune fille âgée d’une vingtaine d’années.

Les différentes activités organisées sur les plages, ont des impacts très nocifs sur la valeur de ces lieux, dans la société. Une jeune fille rencontrée à l’entrée de l’une des quatre plages visitées à Gressier témoigne : «  quand je rentre avec mon petit copain ici, les gens me redargent comme ci j’etais une dévergondée. Ca me derange. J’ai meme l’impression que des parents responsables n’oseront jamais y emmener leurs enfants. Meme des femmes s’embrassent entre elles. C’est répugnant », a-t-elle fait savoir.

Trouver de quoi manger sur ces plages, c’est facile. Lambi, barbecue et par moment du poisson et des bananes constitue le menu de la majeure partie des plages retrouvées sur la côte sud de port-au-Prince. « Si on veut trouver d’autres plats, il faut chercher ailleurs », explique un jeune homme qui n’a pas beaucoup d’argent en poche.

Sur les plages de Gressier, la tendance s’emplifie. On a l’impression que ces espaces ont été conçus pour les débauchés et les hédonistes. Prendre le chemin d’une plage, seul ou accompagné, sous-entend désormais qu’on va faire du sexe dans la mer, perturber les tympans de son voisin de gemissement de plaisir. Il n’est plus question, de nos jours, de promenades galantes au bord de la mer où, pour subjuguer sa dulcinée, l’amoureux cherche à extirper les plus jolis mots en s’inspirant des oscillations des vagues, et joue sans récompense aux ricochets. Il n’est plus question de romances sur la plage en disant de beaux textes poétiques, en écoutant de  tendres musiques et en buvant  du jus de coco. Les plages tendent à devenir des bordels à ciel ouvert où se joue au fil des heures toute forme d’impudeur.

Par : Ritzamarum Zétrenne
LN



Publicité







Facebook

Publicité