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Le goût de nos baisers !


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6 Juillet 2016

Caressants, dévorants, possessifs : nos baisers disent, souvent mieux que nos mots, la passion, le désir, la tendresse ou le désamour. Confidences anonymes et commentaires de Sylvain Mimoun, thérapeute de couple, sur ce “baromètre de l’intimité”.



Il est le langage archaïque et subtil des amoureux. Sa variété est infinie. Cause de nos premiers émois, il trouble autant le corps que le cœur. Sa simplicité fait son mystère. Le psychanalyste Charles Melman dans la préface de l’ouvrage de Francesco Patrizi, Du baiser (Les Belles Lettres), s’interroge : « Pourquoi le frotti-frotta symétrique d’orifices privés de tout mystère et dont la fonction déclarée est alimentaire et orale, quand bien même ils ne seraient pas gâtés par la denture ou l’hygiène, est-il susceptible de provoquer l’extase des amants ? » Gourmande ou vorace, chaque bouche devient, dans le baiser amoureux, la nourriture d’une autre. Baiser cannibale, baiser vampire… Que ressent-on lorsque les lèvres se joignent, lorsque les souffles se mêlent ? Sylvain Mimoun, gynécologue, andrologue et sexologue, nous explique tout ce qui se joue dans ce baiser langoureux entre les amants.

L'émotion

« A première vue, ce ne sont que deux bouches, collées, l’une à l’autre. Sauf que derrière ce baiser, deux langues se croisent, tournent et se mêlent. Choqués par ce baiser profond échangé en public par les Parisiens du début du siècle dernier, les touristes américains l’ont surnommé le “french kiss”.
Mais le “french kiss”, ce ne sont pas seulement deux langues qui se touchent. Dans ce baiser, on atteint ce qu’il y a de plus intime chez l’autre. On y découvre comment celui-ci se donne, s’il est inhibé, sensuel, s’il met des émotions dans son acte… D’ailleurs, quand on vit mal ce baiser, c’est bien ce côté “intrusif” de la chose qui nous dérange. Et à l’inverse, quand on le vit bien, on se sent au plus proche de l’autre. Cela devient extrêmement chaleureux, parce que ce baiser exige un laisser-aller de part et d’autre. Il y a donc d’abord quelque chose de très émotionnel dans cet échange, qui aide largement à la création de l’intimité à deux. C’est ce qui explique, par exemple, que les prostituées manifestent leur désengagement affectif par un “j’embrasse pas”. Et puis, la bouche fait partie de la tête : c’est comme si c’était une partie de son âme, plus que de son corps, que l’on donnait dans le baiser, l’autre venant “puiser” avec sa langue… »

Le désir

« Mais ce baiser ne parle pas seulement d’émotion. Il parle aussi de désir : il permet en effet de stimuler les zones érogènes présentes dans les muqueuses de la bouche. Cela étant, penser d’un homme qui embrasse bien qu’il va bien faire l’amour relève de la légende ! En réalité, c’est le désir que l’on a pour l’autre qui va stimuler ou non le sien, et, donc, nous rendre son baiser plus agréable. Mais un homme peut très bien avoir du désir pour une femme, donc bien l’embrasser, et souffrir par ailleurs de problèmes d’impuissance ou d’éjaculation précoce ! Une femme qui parie sur la qualité d’un rapport sexuel avec un homme en se fiant à son seul baiser n’est donc pas à l’abri de quelques surprises…
A contrario, si l’on n’aime pas embrasser quelqu’un, il y a de fortes chances pour que l’on n’aime pas faire l’amour avec lui. Il en est de ce contact entre les langues comme de celui entre les peaux : certaines vous émeuvent d’emblée, d’autres non. Cela relève de la magie de la rencontre entre deux épidermes… ou deux muqueuses ! »

Le couple

« Stimulateur autant que signe de désir, le baiser est une preuve évidente de la bonne santé du couple. Inversement, quand un couple va mal, la première chose que l’on commence à repousser, ce n’est pas tant le corps de l’autre que sa bouche. Car autant un couple qui va mal peut continuer à faire l’amour par habitude ou “mécaniquement”, autant le baiser, qui demande plus de “lâcher-prise”, devient difficile. Donc, quand l’un des partenaires commence à ne plus vouloir embrasser langoureusement l’autre, celui-ci doit y voir un signal d’alerte. C’est qu’il est temps de s’intéresser de plus près à son couple… et de lui redonner le goût d’un authentique “baiser à la française”. »

Le "Kama Sutra" du baiser

Le traité indien de la joute amoureuse accorde aux baisers une valeur érotique primordiale, amant et amante ayant des rôles spécifiques.
Le baiser nominal : simple apposition des lèvres.
Le baiser direct : les deux lèvres s’appliquent directement, en face à face.
Le baiser incliné : la tête penchée, chacun tend ses lèvres vers celles de l’autre.
Le baiser mouvant : la femme presse entre ses lèvres la lèvre inférieure de son amant, et l’introduit dans sa bouche avec un mouvement de succion.
Le baiser touchant : la femme touche avec sa langue la lèvre de son partenaire.
Le baiser frotté : une fois la lèvre inférieure de l’homme engagée dans la bouche de l’amante, celle-ci la lèche en la frottant très délicatement.
La boîte : la femme saisit les deux lèvres de son compagnon avec les dents et les suce goulûment. Elle peut ensuite frotter son palais avec sa langue.
Le combat de lèvres : on parie à qui saisira le premier, avec ses lèvres, la lèvre inférieure de l’autre.

Bon pour la santé

Lors d’un baiser, ce sont douze muscles des lèvres qui sont activés et dix-neuf de la langue, soit trente et un dans un "french kiss". Une minute de ce bouche-à-bouche permettrait de brûler autant de calories qu’une course de cinq cents mètres. Le baiser serait par ailleurs aussi efficace qu’un chewing-gum pour aider à la digestion !
Un baiser, ce sont également 9 mg d’eau, 700 mg d’albumine, 1,7 mg de matières grasses, 0,4 mg de sels et 100 mg de substances organiques qui sont échangées entre les partenaires. Le baiser, véhicule à bactéries ? Sans doute, mais comme l’affirme avec humour un médecin américain, Samuel Katzoff, « un vrai baiser engendre tant de chaleur qu’il détruit les microbes ».

Témoignages

J’aime les baisers qui dévorent, ceux qui deviennent morsures. D’abord la douceur des lèvres, la première intrusion de la langue, timide et impérieuse, et puis le contact des dents, un peu brutal, exigeant. Seuls ces baisers m’emportent et font monter le désir en moi.
Lucie, 37 ans
Quand j’embrasse, je suis un vampire : je bois son souffle, sa salive, j’aspire sa langue, je mange ses lèvres, j’absorbe son essence vitale… Dans le baiser, la possession de l’autre est totale. Je ne peux pas embrasser de cette façon quand je ne suis pas fasciné par la femme que j’ai dans mes bras.
Stanislas, 24 ans
Le seul vrai plaisir est dans les jeux avec l’autre langue. Là, oui, c’est bon, c’est lisse, ça glisse, ça chatouille. Si l’autre s’y amuse aussi, ça peut très vite devenir excitant… En revanche, je fais tout pour éviter le contact avec les dents : ça, ça me refroidit aussitôt !
Pierre, 23 ans
Le baiser que je préfère, c’est celui du matin, un peu engourdi, encore chaud de la nuit. Il est terriblement sensuel.
Marie-anne, 40 ans
Je crois que je n’ai jamais su embrasser. Beaucoup de filles me le reprochaient quand j’étais plus jeune et aujourd’hui ma femme n’aime pas du tout que je l’embrasse. Je parle du baiser profond, avec la langue comme on disait quand on était petit. Il y a toute une subtilité qui m’échappe. Je suis, dit-elle, trop brutal. Alors je me contente de lui faire des bisous dans la journée ou de la lécher pendant l’acte sexuel, mais je ne l’embrasse plus. Je crois en fait que ça ne m’a jamais plu, même peut-être un peu dégoûté. Ceci expliquerait peut-être cela.
Bruno, 30 ans
Tous mes sens sont en éveil dans le baiser, le goût, l’odorat, le toucher… La première sensation c’est d’abord les lèvres qui s’effleurent, qui se cherchent et qui se frottent. Je sais que je m’approche de l’intimité de l’autre. Tout doucement, j’écarte ses dents, la langue trace son chemin timidement, comme pour tester, et si je me sens en confiance, je m’abandonne presque aussi totalement que dans la sexualité. On pénètre complètement dans l’intérieur de l’autre, on découvre son goût. Un peu fade. Le goût de la salive de l’autre. Lorsqu’on aime, rien n’est dégoûtant, même pas sa salive. Alors que jamais je ne pourrais “à froid” recueillir la salive de quiconque avec ma langue ! Il faut être en pleine confiance pour embrasser profondément. Je ressens la moindre réticence comme une gifle.
Clara, 45 ans
Ses baisers me manquent encore. Il m’embrassait en me tenant la nuque, nous fermions les yeux, sa langue taquinait mes lèvres et les entrouvrait doucement. C’était mon premier amant, mon grand amour, il est mort à la guerre en 1940.
Madeleine, 85 ans
Celles qui se demandent ce que ça fait de pénétrer une femme peuvent, selon moi, s’en faire une idée dans un baiser. En enfonçant lentement sa langue dans la bouche de l’autre, en se concentrant bien sûr chaque zone de contact – l’extérieur, puis l’intérieur des lèvres, sous la langue, le long du palais –, on a à peu près les mêmes sensations tactiles que dans la pénétration. Seul hic : la langue n’y prend pas autant de plaisir que…
Philippe, 38 ans
Il y a un goût chaud et humide, un peu comme celui de la peau quand elle a pris le soleil. Ça sent la chaleur moite sur la peau.
Eva, 34 ans
J’aime les baisers, le contact des lèvres, parce que ça sent bon la peau de l’autre. C’est comme embrasser la joue chaude d’un bébé qui vient de se réveiller. Ça me donne envie de les croquer !
Patricia, 31 ans
Quand j’embrasse une femme, c’est comme si je la pénétrais, un peu. C’est même plus intime que la pénétration sexuelle. Dans la vie, on a la sensation et le goût de sa propre salive en permanence, alors sentir la salive de l’autre, c’est presque une communion plus forte. Le sexe peut être hygiéniste, le baiser non. Je peux faire l’amour avec une femme qui me plaît à moitié, mais je ne peux pas l’embrasser.
Louis, 47 ans


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