Connectez-vous S'inscrire
TapTapMag.com

La virginité n’est plus vierge en Haiti !


Notez
30 Juin 2015

Considérée comme une anomalie pour les filles dans certains pays, la virginité a toujours été un « trésor » pour les filles haïtiennes. Mais de nos jours, semble-t-il, la question n’a plus la même importance. Le sexe, considéré autrefois comme moyen de reproduction, serait, aujourd’hui, une source de plaisir.

Il fut un temps…



La virginité n’est plus vierge en Haiti !

Un pain et une bouteille de cola : tels étaient les symboles utilisés par le nouvel époux pour faire savoir la fille qu’on lui a donné en mariage est en bonne et due forme ou non. En effet, au lendemain d’un mariage, les parents de l’épouse sont les premiers à vérifier la table des nouveaux mariés. Si le pain est intact et que la bouteille demeure remplie, on n’a pas à s’en faire. La dame est félicitée pour ce grand exploit. Mais quand le pain est mangé de l’intérieur et que la bouteille est vide, hum ! L’affaire n’est pas simple. Cela traduit la déception de l’époux qui trouve sa femme déjà dépucelée. Honte pour la fille. Déshonneur pour sa famille qui doit, pauvre diable, accorder réparations à la famille de l’époux. Des centièmes de terre. Une somme d’argent. Et la vie continue. Adieu oui dent ! Même si cela doit affecter tout le reste de la relation. « Certaines fois, les parents du jeune homme viennent chercher tôt le lendemain du mariage le drap qui a couvert le lit nuptial. L’objectif est de voir s’il y a du sang là-dessus. » Jonel Louis nous explique. Il est étudiant en sciences sociales à l’École normale supérieure.

La jeune fille haïtienne grandit avec l’idée que sa virginité est un trésor qu’il faut à tout prix préserver. On peut même se demander s’il y a des filles dans le pays à qui on n’a pas dit, au moins une fois : «  Ta virginité est ta plus grande richesse. » Effectivement, les hommes, considérés en ce temps-là comme les sauveurs des femmes, voulaient tous épouser des vierges. C’était une fierté que d’être le premier à « connaître » une fille. C’était aussi une fierté pour la fille qui jouissait automatiquement du respect de son homme et de ses parents. Il n’y avait pas meilleure façon d’insulter une fille que de lui dire qu’elle est déjà « crevée ».

Depuis quelque temps…

Indubitablement, la virginité  n’a plus le même poids aujourd’hui en Haïti. Même si certaines de ses significations semblent rester inchangées. Par exemple, jusqu’à aujourd’hui des jeunes croient encore que la virginité est une richesse et qu’elle procure du respect. Esther a dix-huit ans. Elle est en seconde. Pour elle, la virginité demeure très précieuse. « On m’a toujours dit que la virginité est le passeport d’une jeune fille, avoue-t-elle, et j’y crois. » Elle regrette souvent d’avoir déjà perdu la sienne et déplore qu’on ne puisse « se  revirginiser ».

 

Ignace Antoine, lui aussi, trouve que la virginité est importante pour une fille. Ce jeune homme de vingt ans affirme : « J’ai plus de fierté quand j’ai une fille vierge. Ça me rassure que d’autres ne l’ont pas connue avant moi. » Même si Piterson pierre pense, lui, que le fait qu’une fille soit pucelle n’explique pas forcément que d’autres ne l’aient pas connue. « Beaucoup de filles qui croient encore que leur virginité est une richesse utilisent d’autres moyens pour s’amuser tout en gardant leur hymen intact », révèle le jeune normalien en lettres modernes. « Le sexe anal est l’un des moyens auxquels elles recourent pour préserver leur virginité », poursuit-il. C’est également le point de vue de Junior Chéry, étudiant en sciences juridiques et en sociologie à l’Université d’État d’Haïti. « On se sert de la fente des seins tout aussi bien pour ce travail », ajoute Junior. Selon lui, le vagin n’est plus un critère pour justifier de la virginité des jeunes filles.

« La virginité n’est pas un bien car toutes les femmes l’ont possédé à un moment », ajoute le jeune sociologue en devenir. Il avance qu’elle ne traduit en rien une quelconque chasteté des jeunes filles. Berlyne Bossicot, une jeune fille avec qui nous avons également discuté, pense que « la virginité ne veut rien dire du tout aujourd’hui. Sinon elle dévalorise une fille aux yeux de ses pairs qui la prendraient certainement pour une « sainte ». On se moquera, pour elle, d’une fille qui osera dire qu’elle est vierge.  La jeune fille soutient qu’une vierge est une fille qui n’a pas encore trouvé la bonne personne à qui livrer son corps. Elle rejoint là le point de vue de Piterson : «  les filles en Haïti perdent en grande majorité leur virginité dès l’adolescence ». C’est pourquoi selon Junior les hommes ne s’intéressent presque plus à cette question. « Et d’ailleurs, plus les filles ont fait des expériences dans le sexe, plus elles sont intéressantes », avoue Stanley Jackson Chery, un étudiant en sciences économiques à l’UEH.

Ti Messi, comme on surnomme ce dernier, estime comme Junior que les « ti blòdè » ont beaucoup contribué à changer la conception des filles de la virginité. Sauf que lui, il croit que les filles ne supportent plus, désormais, l’idée de rester vierges. Celles qui le sont à « l’avant » ne le sont pas toujours à « l’arrière ». Hédonisme ? Pas forcément. Le professeur Yves Dorestal aurait répondu, comme il l’a fait dans une conférence en janvier à l’École normale supérieure : « Tous les trous sont des trous de plaisir. »

Par Ritzamarum ZETRENNE
Le National



Publicité







Facebook

Publicité