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La nuit : les trottoirs sont gris


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15 Décembre 2015

De nos jours, dans la zone métropolitaine, la prostitution quitte l’univers des boites de nuit pour s’installer dans les rues à un rythme démesuré. Le sexe se vend comme les petits pâtés « kòde » à travers presque toute la capitale et dans les zones avoisinantes. Les vendeuses de sexe investissent, très tôt, leurs lieux de travail. Ainsi, bien avant la tombée de la nuit, les trottoirs se transforment en de véritables marchés publics de sexe.



Il est des lieux même, à Port-au-Prince, où la question de « trottoirs-café » n’est plus une simple affaire de métaphore.
Il est des lieux même, à Port-au-Prince, où la question de « trottoirs-café » n’est plus une simple affaire de métaphore.

Pas de doute là-dessus. Le sexe, en termes d’accessibilité, désormais s’apparente à la vente des minutes de recharges électroniques ou celle des fripes sur les trottoirs de la capitale. C’est dire que l’industrie sexuelle s’accroit considérablement dans le pays. S’envoyer en l’air n’est plus un casse-tête. « Si, autrefois, il fallait se rendre, couvert de honte, dans un café pour se “taper une nana”, en l’an 2015, l’on n’a qu’à se diriger vers un trottoir au crépuscule du jour pour se servir », affirme un jeune homme qui essaie de garder le moral.

Il ne s’agit point de Mariani ou de la Grand-Rue, ni d’aucune de ces zones, qui, il y a quatre ans de cela, étaient reconnues comme des espaces de référence dans le commerce de sexe dans la capitale. Les zones dont il est question ici, s’il faut les comparer à la Grand-Rue par exemple, n’ont aucune ressemblance à des marchés de plaisir. Et pourtant, chaque jour, en début de soirée, ces lieux offrent un spectacle nullement différent à celui de la Grand-Rue.

Quand on passe un matin à la rue Capois, plus précisément aux abords du lycée du Cent-Cinquantenaire, nul ne peut imaginer que la prostitution pourrait être très en vogue dans cette zone. Mais il suffit simplement d’y rester vers les cinq heures de l’après-midi pour tout comprendre. À mesure que la nuit s’approche, le nombre de femmes vêtues de pantalon sans « fouk » augmente, jusqu’à ce que ces trottoirs se métamorphosent totalement en café.

Là où l’on expose en plein jour des livres, des produits artisanaux et autres, en début de soirée, on y expose des femmes. Ou, peut-on dire que, des femmes s’y exposent. Toute sorte de femmes. Des blondes, « mulâtresses », de jolies « black » ou des « grimèl », des « sexy » ou des « fat » non moins attirantes. Le soir, chez nous, les trottoirs sont des marchés où les produits sont des femmes, ou tout simplement des vagins de femmes.

À Pétion-Ville, la situation n’a guère changé. À la différence, apparemment, l’on ne se sert pas d’un trottoir précis pour ce genre de besogne. Les dames de la ville de Pétion semblent préférer le commerce ambulant. Si l’on veut avoir un moment de plaisir, l’on peut juste se rendre un moment sur un trottoir. La chance de trouver une « gonzesse » dans moins de 10 minutes dépasse grandement celle de trouver un bus dans cette même durée et sur le même trottoir. La rue n’est que le terrain de chasse. Quand elles trouvent le gibier, ces femmes qu’on appelle à tort ou à raison des « putes », ont chacune leurs petites « coulisses » pour la « consommation » de leur sexe par des prédateurs masculins.

Le supermarché de sexe de la Grand-Rue semble être soumis à une très solide concurrence. Il en est de même pour certains quartiers de la commune de Delmas. Ils connaissent des avancées considérables dans le secteur. Il est des lieux même où la question de « trottoirs-café » n’est plus une simple affaire de métaphore. Les boites de nuit occupent réellement certains trottoirs sur lesquels des serveuses se prostituent devant la rage de haut-parleurs qui émettent des milliers de décibels.

La prostitution croit, de jour en jour, dans la capitale et prend des formes diverses. À côté de chaque marchand de spaghetti ou de barbecue, la prostitution prend place, elle aussi. Cette situation est très fréquente au boulevard Jean-Jacques Dessalines, non loin de la Marine haïtienne. Au Champ-de-Mars aussi, le même cas de figure se présente comme une évidence. La question de pudeur n’est plus à l’ordre du jour. L’important est de gagner sa vie par tous les moyens. On s’en fout du qu’en dira-t-on.

Il est des gens en Haïti pour qui, parler de morale serait synonyme de déficience épistémologique. Comme si la morale était un sujet tabou aujourd’hui. N’en déplaise à cette catégorie, l’on peut toujours questionner : est-il normal que la prostitution envahisse tant nos rues ? Les autorités ne devraient-elles pas intervenir pour stopper ce phénomène (dans les rues) ? Surtout quand on sait que la plus forte prévalence du VIH est retrouvée chez les vendeuses de sexe. De même que les chats sont gris, la nuit, dans l’aire métropolitaine, la nuit, les trottoirs le sont aussi. Les sociologues du pays, ne serviront-ils pas la communauté en menant une enquête scientifique pour offrir une meilleure compréhension des vraies causes de la montée en flèche du commerce du vagin dans le pays ?

Ritzamarum Zétrenne
Le National



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