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La cordonnerie : un métier difficile en 2015


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12 Août 2015

Certains métiers manuels tendent à disparaître dans le pays. Il est de plus en plus rare de trouver un cordonnier de nos jours. Plusieurs raisons expliquent la rareté de ces professionnels qui chaussent hommes, femmes et enfants.



La cordonnerie : un métier difficile en 2015

Pierre (nom d’emprunt) est cordonnier depuis déjà quarante ans. Ce métier, c’est son voisin qui le lui a appris. À l époque, le commerce était florissant. Le voisin en question confectionnait des chaussures pour les revendre à un magasin. « Tout le monde se chaussait chez les cordonniers. J’étais oisif, ce voisin m’a appris ce métier », raconte-t-il en mettant de la colle sur un morceau de cuir destiné à fabriquer des bottes.

Quand ce magasin a fermé ses portes, Pierre s’est retrouvé seul. Pour continuer à vivre, il a dû s’en remettre à un autre cordonnier. « Dans ce métier, il est difficile d’évoluer seul. Les moyens manquent et les commandes ne sont pas fréquentes ». À son avis, collaborer avec un autre cordonnier facilite la tâche. Même s’il est contraint de partager avec lui les bénéfices. « Bien que nous ayons chacun nos clients, nous partageons nos bénéfices certaines fois. »

Pour ces deux cordonniers, les matières premières constituent leurs principales difficultés du fait que leurs prix ne font qu’augmenter. Ce qui, d’ailleurs, entraîne la hausse des prix des chaussures qu’ils confectionnent et le manque d’engouement des clients à les acheter. « Nous vendons nos chaussures en tenant compte de nos dépenses. Les prix augmentent considérablement aujourd’hui comparativement aux années antérieures. Et cette augmentation est due aux matières premières devenues très chères de jour en jour. Tous les prix ont augmenté. Que ce soit celui du cuir, de la colle, des clous ou des semelles », a expliqué l’un d’entre eux.

Ce qui dérange surtout Pierre, c’est la disparition des cordonniers dignes de ce nom. La majorité des hommes qui se disent cordonniers de nos jours n’ont pas appris ce métier. « Pour devenir cordonnier, c’est tout un apprentissage. Beaucoup de gens se disent cordonniers mais ignorent les notions de base », déplore-t-il avec une pointe de colère qu’il a du mal à contenir. Par contre, il avoue à contrecœur qu’il n’y a pas de cordonnier qui pourrait apprendre aux intéressés les techniques qu’il faut. « S’il y a quatre-vingts cordonniers dans le pays, on ne peut espérer davantage car plusieurs d’entre eux se sont rendus à l’extérieur. »

Pour le collaborateur de Pierre, lui aussi soucieux de garder l’anonymat, le problème de la cordonnerie se résume aux matières premières. « Les produits importés ont détruit notre métier. Les parents ne viennent plus chez nous pour chausser leurs enfants. » Ce qui rend difficile la vie des cordonniers qui veulent vivre de leur métier. « Nous ne vendons pratiquement plus rien. Il est très difficile de vivre dans une telle situation. » Mais ils disent se débrouiller pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles.

Ces deux cordonniers pensent que les solutions doivent passer par la création d’écoles professionnelles. L’un d’entre eux argumente sa position : « Il n’y a pas assez de places à l’université pour les jeunes. Il leur faut des écoles professionnelles. Parce qu’il est évident que tout le monde n’aura pas accès à l’université. » Pierre ajoute avec conviction : « Il nous faut des professionnels sans lesquels, il n’y a pas de pays. » Ils veulent leur prise en charge par les autorités qui doivent leur fournir les moyens d’exercer leur métier. « Or, aux législatives du 9 août  aucun candidat ne nous a touchés dans son programme. Aucun d’entre eux n’apportera un changement. »

Dans cet espace restreint aux murs nus, la chaleur n’empêche pas ces deux cordonniers de travailler. Un poste de radio diffuse une musique évangélique tandis que deux femmes essaient de les convaincre de leur vendre une paire de sandales au prix insignifiant de trois cents cinquante gourdes. Quoique réticent à se prononcer, Pierre a finalement avoué que les cordonniers doivent se mettre ensemble pour rehausser l’image de la cordonnerie qui tend à disparaître en Haïti.

Par Stéphanie Balmir
Le National



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