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La Cérémonie du Bois-Caïman : entre souvenirs, oubli et profanation


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17 Août 2015

Dans la nuit du 14 au 15 août 1791 a eu lieu à l’Acul du Nord, commune du département du Nord un congrès historique d’une grande importance : la Cérémonie du Bois-Caïman. Cet évènement, selon les historiens, est l’élément déclencheur qui a préparé l’insurrection des esclaves des 21 et 22 août 1791. Cependant, au-delà des différentes interprétations des historiens et du symbolisme accordé à cet événement historique de premier plan, l’endroit où s’est déroulée la Cérémonie du Bois-Caïman est « un lieu qui attend », a affirmé Didier Dominique, responsable du mouvement « Batay ouvrye ».



La Cérémonie du Bois-Caïman : entre souvenirs, oubli et profanation

Le 15 août 2015 a ramené le 224e anniversaire de la Cérémonie du Bois-Caïman. « Le symbolisme et le caractère  qui entourent le congrès de l’Acul du Nord présidé par Dutty Boukman revêtent une signification profonde dans la vie du  peuple haïtien. Non seulement cette réunion politique a posé la première pierre à la fondation de la première nation noire indépendante du monde, mais  aussi elle a permis à deux cents esclaves de prendre conscience de leur force commune », a déclaré Didier Dominique dans un entretien accordé  au National.

Pour Didier Dominique, « il n’est pas trop important de revenir sur les faits. Toute l’histoire est gravée dans la mémoire collective. Deux cents esclaves s’étaient réunis autour de Boukman, un hougan pour réfléchir sur leur sort et décider de leur sort. » Citant quelques passages de l’ouvrage « Éventail d’histoire » de feu l’historien Leslie François Manigat, il a affirmé : « Différentes manifestations du même genre étaient organisées un peu partout dans la colonie. Voulant abolir l’usage du fouet et refusant de travailler le dimanche, les esclaves qui travaillaient à un rythme infernal ont participé avec engouement à cette rencontre historique. » Il a mis aussi l’accent sur le vodou qui a joué un rôle prépondérant dans la lutte émancipatrice des esclaves.

Urbaniste, architecte de formation, Didier Dominique a déploré le fait  que les bourgeois et les protestants n’aient accordé aucune importance à cette cérémonie qui a poussé les esclaves  à prendre conscience de leur identité. Amer et exaspéré, il  s’en est pris à la religion protestante qui voulait extirper le vodou de la vie socioculturelle du pays. « En 2004, l’année du bicentenaire de l’Indépendance d’Haïti,  le pasteur Joël Jeune et un autre pasteur américain ont empoisonné le mapou, cet arbre qui était témoin du rassemblement des 14 et 15 août 1791. » Il s’en est pris également à la bourgeoisie haïtienne qui affiche un mépris flagrant pour cette tranche importante de l’histoire d’Haïti. «  Les bourgeois haïtiens ont refusé de commémorer cette date parce que c’était une rencontre organisée par les esclaves contre la classe des dominants. Ils ne voulaient pas que de tels faits se reproduisent dans la société haïtienne. »

Cependant il reconnaît que « la Cérémonie du Bois-Caïman pour les vodouisants, les nationalistes, les historiens, est un lieu de résistance, un lieu de liberté. C’est le point de départ officiel et formel de la Révolution de 1804. Il ne faut pas croire les protestants qui pensent dans leur ignorance que nous avons signé un pacte avec le diable. Il faut aussi dénoncer l’attitude des bourgeois haïtiens malhonnêtes qui luttent afin que les dominés ne trouvent plus l’occasion de se mettre à nouveau ensemble pour bâtir un idéal commun. La Cérémonie du Bois-Caïman au contraire est le mythe fondateur du peuple haïtien. Ce mythe fondateur est méprisé et nié. C’est une manifestation pathologique d’un peuple qui souffre de crise identitaire, en reniant ses origines, ses racines ».

Tout au long de l’entretien, Didier Dominique a dénoncé l’état de délabrement des lieux : «  L’endroit  où s’est déroulée la Cérémonie du Bois-Caïman est un lieu complètement abandonné. De tout temps, l’endroit n’a jamais été restauré. « L’administration de René Préval avait eu des projets de restauration qui, malheureusement, n’ont jamais été réalisés ou concrétisés. Certains politiques affichent un certain laxisme, d’autres  une certaine  velléité pour donner une nouvelle allure à l’Habitation Lenormand de Mezy, ce lieu historique qui a accueilli cette rencontre qui a construit l’Homme noir vers des objectifs concrets et  spécifiques. Cette construction s’est faite dans des motifs de conscientisation et de motivation. Dommage que bon nombre d’Haïtiens aient oublié que c’était au cours de la Cérémonie du Bois-Caïman que la lutte pour l’accession à la liberté, un droit fondamental de l’homme, était née. »

Par Schultz Laurent Junior
Credit: Le National



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