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L’exploitation sexuelle : une triste réalité en Haïti


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4 Mars 2016

L’exploitation sexuelle est un sujet qui ne cesse d’attirer l’attention de plus d’un à travers le monde. Cette réalité, en Haïti, n’est pas moins courante qu’ailleurs. La prostitution se fait un peu partout à travers le pays et particulièrement à Port-au-Prince. À côté de cela, des enfants et/ou des adolescents subissent chaque jour des agressions sexuelles. « Plus de 30 victimes par mois sont enregistrées. Les mineurs représentent plus de 50 % des cas », souligne MSF.



Avant tout, il y a la prostitution « visible » ou « publique » que de nombreuses jeunes femmes pratiquent à travers tout le pays. Celle-là est devenue tellement populaire que beaucoup de gens n’y voient pas une exploitation. C’est un business. L’on parle même d’industrie sexuelle. Ces femmes se voient et sont vues, très souvent, comme des employées ou des commerçantes de l’informel. Puisqu’elles sont « rémunérées » pour le « service » qu’elles offrent aux demandeurs de sexe.

Il y a, par ailleurs, toutes ces femmes qui, ne portant pas l’étiquette de prostituées, sont contraintes d’entrer en rapport sexuel avec des hommes pour une quelconque récompense. Elles vendent leur sexe pour recevoir en retour un peu d’argent, un téléphone de grande marque ou tout simplement pour le manger ou pour le boire. Des individus de sexe masculin sont tout aussi touchés par cette forme d’exploitation consciemment ou inconsciemment. L’exploitation sexuelle, selon certains esprits avisés, est souvent causée par la précarisation des conditions de vie, ou tout simplement par les exigences de la société de consommation.

À quel niveau l’exploitation sexuelle est-elle présente en Haïti ? Cette question se révèle très difficile à répondre en raison des faiblesses statistiques du pays. D’autant plus que certaines organisations féministes dont la Sofa et « Fanm yo la », questionnées sur cette affaire, ne disposent d’aucune donnée dans le pays quoiqu’elles soient les premières entités qui devraient en avoir.

 


L’exploitation sexuelle : une triste réalité en Haïti

« Les violences sexuelles sont criantes en Haïti », selon MSF

Néanmoins, l’organisation médicale Médecins sans frontières (MSF) nous a permis de comprendre un peu à quel niveau l’exploitation sexuelle, précisément les violences sexuelles, est criante en Haïti. « Les victimes de violence sexuelle arrivent à tout moment dans notre clinique, car nous travaillons tous les jours 24 heures sur 24. Notre service holistique comprenant  la prise en charge médicale et l’accompagnement psychosocial est totalement gratuit » informe la coordination de la clinique « Pran men m » de MSF en Haïti.

 

« La clinique “Pran Men m »  reçoit les femmes, les hommes et les enfants victimes de violence sexuelle. Le centre reçoit, en moyenne, un nouveau cas de victime de violence sexuelle chaque jour. Donc, plus de 30 victimes chaque mois », apprend-on de cette même source.

 

Ce qui est le plus inquiétant est que « le centre reçoit de plus en plus de mineurs qui soient victimes de ces violences. En ce début de l’année 2016, les mineurs représentent plus de 50 % des cas reçus.  La plupart sont de sexe féminin ». Ainsi, l’organisation médicale Médecins sans frontières (MSF) considère les violences sexuelles comme une urgence médicale vu leurs potentielles conséquences physiques et mentales sur les victimes. MSF appelle tous les secteurs en Haïti à pencher sur ce phénomène inquiétant.

 

Une femme sur quatre expérimente un abus sexuel avant 18 ans

 

Dans une enquête menée en 2012 conjointement par le Centre pour la Prévention et le Contrôle des Maladies (CDC), l’Institut Interuniversitaire de Recherche et de Développement (INURED), Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), Le « Multi-Sectoral Task Force » aussi connu sous le nom de Comité de Coordination (CC), et « Together for Girls Partnership », sur la violence contre les enfants en Haïti, l’on retrouve les informations suivantes : « Parmi les individus âgés de 18 à 24 ans qui ont expérimenté un abus sexuel avant l’âge de 18 ans, les amis/condisciples de classe et partenaires romantiques étaient les auteurs les plus courants du premier incident d’abus sexuel ».

 

L’enquête précise dans sa section 3 portant sur la prévalence de la violence sexuelle durant l’enfance : « Une femme sur quatre et un homme sur cinq parmi les individus âgés de 18 à 24 ans ont expérimenté au moins un incident d’abus sexuel durant leur enfance. Les femmes et les hommes âgés de 18 à 24 ans qui avaient travaillé durant leur enfance comme domestiques étaient plus sujets à avoir expérimenté un abus sexuel avant l’âge de 18 ans que ceux qui n’avaient pas travaillé comme domestiques durant leur enfance.

 

Le document précise également qu’une “femme sur cinq et un homme sur dix parmi les individus âgés de 18 à 24 ans ont expérimenté leur premier rapport sexuel non désiré durant leur enfance. Près de 4 % des femmes et 7 % des hommes âgés de 18 à 24 ans ont reçu de l’argent, de la nourriture, des cadeaux ou autres faveurs en échange d’un rapport sexuel avant l’âge à de 18 ans. Une femme sur quatre et un homme sur cinq parmi les individus âgés de 18 à 24 ans ont expérimenté au moins un incident d’abus sexuel durant leur enfance”.

À noter que dans cette enquête est qualifiée d’enfant toute personne âgée de moins de 18 ans. De plus, les enquêteurs ont réalisé 2 916 interviews : auprès de 1 457 femmes avec 85,6 % de réponses et de 1459 hommes avec 82,0 % de réponses.

 

Selon une source, le ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes entend intensifier la lutte contre l’exploitation des mineures particulièrement. Le MCFDF semble n’attendre que l’élection (ou l’installation) de nouveaux maires dans les différentes collectivités pour poursuivre la bataille que l’actuel sénateur Jean Renel Sénatus a su épauler dans le département de l’Ouest, quand il y était commissaire de gouvernement. Selon la source, ce qui a surtout apaisé cette vague de poursuites contre ce phénomène, c’est que la lutte a surtout été conduite spécifiquement dans le département de l’Ouest. En attendant que la lutte soit entreprise dans les conditions rationnelles dans tout le pays contre ce phénomène, l’exploitation sexuelle demeure une triste réalité en Haïti.

Ritzamarum Zétrenne



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