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Kery James, d’origine haïtienne : figure de proue du rap militant français


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2 Décembre 2016

Kery James, de son vrai nom Alix Mathurin, est un rappeur français d’origine haïtienne. Il est né en Guadeloupe (1977), mais élevé à Orly, une banlieue de la région parisienne où il découvre le rap à l’âge de sept ans. En effet, il commence à écrire du rap très jeune et forme avec des copains de quartier l’Ideal Junior qui va devenir plus tard Ideal J. Quelques années plus tard, il laisse la musique pour se convertir à l’Islam à cause de l’assassinat d’un de ses amis, Las Montana, qui faisait partie de sa bande Mafia K’1 Fry. Il revient à la musique en publiant son premier album, Si c’était à refaire, en 2001.



Kery James, d’origine haïtienne : figure de proue du rap militant français

Kery James est la figure de proue du rap conscient en France. En témoignent ses multiples textes dont nous retenons trois : ‘‘Lettre à la République’’, ‘‘Racailles’’ et ‘‘Musique nègre’’. Nous parlons du rappeur qu’est Kery James sans parler du rap lui-même. Qu’est-ce que le rap ?

 S’il y avait cinq mots pour résumer le rap ce serait : dénoncer, revendiquer, contester, protester et se révolter. Bien sûr que le rap n’est pas que cela parce que le rap léger, festif qui est différent du rap cru, et du rap engagé, censé, réfléchi n’entre pas tout à fait dans la logique de la contestation ni de la protestation. Il est fait pour plaire sans choquer ni déranger. C’est un rap fait pour les oreilles “chastes” ou des oreilles qui ne veulent pas entendre la dure réalité d’une fraction de la population issue, en général, de quartiers populaires.

Le rap est né dans les quartiers populaires du Bronx, un arrondissement de New York. Les années soixante-dix marquent son apparition avec le grand mouvement hip-hop (danse ou breakdance, graffiti, deejaying ou le beatmaking). Le mouvement Hip Hop est un mouvement des gens ou petites gens qu’on a marginalisés et du fait qu’ils sont marginalisés ils vont essayer d’établir un mouvement de protestation, d’affirmation de soi pour porter leurs revendications à la face du système qu’ils dénoncent. En d’autres termes, ils vont essayer d’exister. Ce qui va donner naissance à un « anticonformisme », nous n’avons qu’à regarder les tenues vestimentaires des rappeurs (hip hoppeurs, en général), leur langage et leur façon de se comporter ordinairement. Le rap est surtout très marqué, au départ, par la musique funk bien qu’il ne tarde à se défaire de cette influence.

Le rap raconte une histoire de quartier, du ghetto ou apporte un message. Sur un style improvisé (dans les battles ou joutes verbales surtout) ou dans un texte écrit, et par la façon de poser les mots sur la rythmique (débit / flow), le rappeur fait entendre sa voix ou la voix de sa cité en évoquant les problèmes sociaux, politiques ou économiques là où les caméras ne voient pas. C’est le type le mieux adapté connu pour exprimer la colère, le ras-le-bol d’un ordre ou d’un système établi. Il se situe au carrefour du parler et du chanter. Le rap a un aspect communautaire et fortement identitaire. Il y a le rap léger, et le rap « Hardcore » (gangsta rap, porn rap, le rap politique ou rap conscient, etc.). C’est dans ce type de rap appelé rap conscient que se lance Kery James. Il s’est appelé « Le dernier MC », ce qui signifie M = militant et C = conscient. Ce type de rap met en avant les problèmes politiques et sociaux d’une communauté ou d’une société.

Les textes de Kery James se chantent sur un ton grave. Ils ne sont pas tout à fait des textes à fredonner quand on fait la fête, mais des messages qui font réfléchir sur des sujets de fond tels que la problématique de l’immigration, le communautarisme, l’intégration, l’Islam, le racisme et les inégalités de la France actuelle, etc. Chaque fois que j’écoute du Kery James, cela me fait frémir au point d’avoir la chair de poule tellement ses paroles me touchent et me traversent. Par sa manière de provoquer, j’ai envie de le comparer à Dieudonné Mbalah Mbalah qui traite de sujets graves sur un ton ironique ou humoristique. Je tiens à souligner que Dieudonné est l’humoriste français le plus controversé pour ses sketches sur Israël, sa position contre l’establishment français.

 L’un de ses textes les plus marquants et les plus percutants est « Lettre à la République » où il critique la République française (une illusion) d’être hypocrite. Mais quelle France, vous demandez-vous peut-être ? L’ensemble de ses textes montre qui ils visent surtout. Il critique, à travers ce texte, une certaine oligarchie française issue de la classe dirigeante, de la classe économique, de certains intellectuels et une frange de médias complices qu’il qualifie de xénophobes et islamophobes. Il pointe du doigt les colonialistes, et par ricochet tous ceux qui ont profité de la colonisation pour s’enrichir et appauvrir le continent africain ou les noirs et les Arabes en général. Il accuse la France d’agir de manière sournoise, après la grande vague de décolonisation en 1962, pour déstabiliser ses anciennes colonies.

 Ethson OTILIEN

 Enseignant à la FASCH/ UEH



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