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Haiti: Serveuses, boîtes de nuit et prostitution


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14 Juillet 2015

Les boîtes de nuit poussent comme des champignons dans le pays. Avec elles, une autre forme de prostitution s’installe. Des jeunes femmes, belles et élégantes y travaillent comme serveuses. À la tombée de la nuit, elles deviennent la proie des mâles en flamme. Elles peuvent passer la nuit ou vivre un « moment » avec eux. C’est pour elle une façon d’assurer leur quotidien et de ne pas crever de faim. Une pratique qui, de jour en jour, prend de l’ampleur dans le pays.



« Aujourd’hui, en Haïti, il y a plus de putes dans les rues que d’élèves dans les écoles », lâche froidement un homme frisant la quarantaine. On les rencontre partout, ces jeunes femmes qui se voient obligées de se prostituer pour gagner leur vie. Elles offrent leur corps, leur sexe à un homme. En retour, elles reçoivent de l’argent. La majeure partie d’entre elles peuvent avoir entre 18 à 28 ans. On ne les rencontre pas sur les trottoirs. Elles sont dans les boîtes de nuit, les restaurants dansant. Elles sont des serveuses. Dans ces espaces qui, parfois, se prolongent sur les trottoirs, elles sont présentes. Leur mission est d’attirer des clients, les inviter à fréquenter le bar, boire de la bière, danser et finir la nuit dans un motel. Cependant, ces femmes ne pensent pas qu’elles se prostituent.

Elle s’appelle Katia (nom d’emprunt). Cette jeune femme belle, élégante  a un corps de rêve. Elle habite à Delmas 65 à l’intérieur. Les après- midi, elle doit se faire belle et désirable avant de se rendre au petit resto-dansant qui se trouve à proximité de Delmas 43. C’est dans cette boite que travaille cette jeune femme de 23 ans depuis le mois de novembre 2014. Elle n’a pas d’enfant. Sa mère fait le commerce du charbon de bois. Son père est mort quant elle a eu quinze ans. Un jour, une amie lui a proposé de travailler dans un resto-dansant. Elle a accepté. Depuis, Katia est serveuse dans cette boite. Sa principale mission est d’inviter les clients à consommer davantage. Le sourire et l’accueil qu’elle réserve à ceux qui fréquentent le bar est une invitation à consommer plus que  de raison.

« La bière se vend ici à 50 gourdes. Sur chaque bouteille vendue, je gagne cinq gourdes.  À la fin du mois, le patron les comptabilise. En fin de compte, mon salaire peut varier entre 1000 et 2500 gourdes. C’est peu ! Mais, je me débrouille avec », raconte la jeune femme avec une facilité d’expression.

Certaines fois, Katia rencontre des clients masculins qui l’invitent à leur table, question de siroter quelques bières ensemble, faciliter l’accès à une danse en toute intimité dans un coin du bar aménagé à cet effet. Un coin où l’on ne peut même pas voir les yeux de la cavalière, où le corps à corps devient un hymne à la jouissance. Une entrée en matière. Les prémices ! Fort souvent, c’est au cours de cette danse qu’ils arrivent à bâtir de petits projets pour la nuit. Mais, une fois le client devient un habitué de la boîte, ce n’est plus la peine de suivre toutes ces étapes. Un coup de téléphone suffit et la jeune femme peut retrouver son complice à un autre point de rencontre.

Katia, quant à elle, semble avoir un seul discours pour tous les jeunes hommes qui mordent à l’hameçon et qui n’ont pas peur de dire les choses comme elles sont. « Je ne suis pas une marchandise », se contente-t-elle de dire gentiment sans les envoyer promener pour autant. C’est peut-être pour elle une technique pour changer ou modifier la perception que les gars pouvaient avoir d’elle à première vue. Pourtant, elle est prête à tout. Il revient à ses clients, des gentlemen, de savoir quoi faire d’elle pour la nuit.

« Tous les hommes, qui fréquentent cette boîte, ont tendance à me considérer comme une pute. Je ne le suis pas. Je n’aime pas les hommes qui me considèrent comme un objet de plaisir. Cela peut arriver qu’un homme me plaise et m’invite à me plier à ses caprices. Dépendamment de sa générosité, il peut me donner 250 ou 500 gourdes le lendemain. Il m’arrive de recevoir un « Hyppolite » aussi. Ainsi, je vois claire ma journée », confie Katia ouvertement.

Le temps d’un échange de 30 minutes, cette serveuse a déjà grillé une dizaine de cigarettes et bu six bières. Alors que,  d’après Katia, les autres filles du bar font du va-et-vient, accueillent d’autres clients qui arrivent, font le contrôle avec leur patron.

À environ deux minutes de marche, un autre espace, en plein air, est ouvert. Une paire de speakers « low vega » propulse des centaines de décibels. Dans cet espace, se trouvent, en grande partie, des femmes qui portent des uniformes. Des fois, elles portent du jaune et blanc et/ou du rouge et blanc. Cela dépendra du jour de la semaine. C’est là que travaille Sandra depuis trois mois. Elle n’a pas froid aux yeux. « Je sais pourquoi je suis venue ici. C’est mon travail. Plus il y a d’hommes, plus c’est avantageux pour moi. Je reçois des pourboires et d’intéressantes propositions. Je dois vivre  et prendre soin de mes deux filles », martèle cette jeune femme frisant la vingtaine dans un éclat de rire complice.

Ils sont majoritairement des hommes, de tout âge, à fréquenter ces types d’endroit. Bon nombre d’entre eux sont mariés, divorcés, pères de famille qui fuient la monotonie de la vie de couple. Certains viennent pour se défouler, vider les frustrations de la journée. D’ordinaire, fidèles à ce rendez-vous, ils viennent vers dix heures du soir. « Dans ces boîtes, on ne vient pas avec sa nana. Se denye le a mwen vin fè la, bwè yon ti gwog epi pran yon ti plezi san pesonn pa deranje m. Si je ne fréquentais pas ces espaces, j’aurais déjà perdu les pédales », raconte un homme à qui on a demandé les nouvelles de sa femme.

Le propriétaire du premier restaurant, quant à lui, avoue qu’il recrute des serveuses. Mais, précise-t-il, il faut qu’elles soient jeunes et belles. « Sinon nous n’aurons pas de clients », explique-t-il sous couvert de l’anonymat. Il a, par ailleurs, fait savoir que les hommes fréquentent l’espace parce que les filles sont très courtoises et accueillantes. « Nous leur faisons cette exigence », explique-t-il. « Cependant, nous n’avons pas le droit de leur dire quoi faire de leur vie et leurs corps. Il suffit qu’elles respectent notre entente », arguant le propriétaire du resto-dansant.

Ces types d’espace pullulent à travers toutes les rues de la capitale. On les trouve à Carrefour, à Pétion-ville, à Canapé-vert à Clercine et à la Grand-Rue. Sur la route de Delmas, ils sont légions. Du haut au bas Delmas, sur les bords des trottoirs, on les retrouve. Les serveuses, dans ces boîtes, outre leur beauté, leur charme et leur élégance, ont la misère en commun ; le quotidien à assurer ; un parent qui ne peut pas répondre à leurs besoins primaires ; un enfant qu’elles élèvent seules et à qui elles doivent donner quelque chose à manger à son réveil.

En outre, elles pratiquent le mysticisme pour s’attirer plus de clients. Une tendance qui, selon Katia, les porte à la violence entre elles. Quand cela arrive, explique le propriétaire du premier resto-dansant rencontré, je les renvoie. « Ca ternie l’image de ma boîte », déclare-t-il.

Joe Antoine Jn-Baptiste



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