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Haiti: Nos universités : combien de places pour les bacheliers ?


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22 Juillet 2015

Le cycle universitaire demeure problématique en Haïti. Plus de la moitié des bacheliers qui terminent leurs études classiques ont du mal à intégrer l’université d’État. Tous les ans, les rêves de jeunes femmes et jeunes hommes du pays se volatilisent. « Pas assez de places à l’université d’État pour les accueillir tous » alors que ces jeunes n’ont aucun support économique pour payer leurs études dans les universités privées.



Onze entités composent l’université d’État d’Haïti. Un nombre qui ne signifie pas que les jeunes Haïtiens aient forcément accès à l’université. Environ deux mille réussiront à devenir étudiants et à faire choix d’une discipline quelconque au sein de l’une des facultés. Deux mille. Quantité insignifiante pour les jeunes qui, chaque année, sont environ entre 50 et 70 mille à boucler leurs études classiques.

Rick* est un étudiant de la faculté de linguistique appliquée. Quoiqu’il ait achevé les cours et préparé son travail de sortie, il croit que l’université en Haïti demeure un véritable casse-tête. Le nombre d’étudiants que l’université reçoit tous les ans est dérisoire compte tenu de la quantité innombrable qui désire y entrer. « La capacité d’accueil est peu significative. Il faudrait repenser la politique de l’enseignement supérieur en Haïti. Il faudrait rendre plus accessible l’entrée à l’université si l’on veut que cette jeunesse joue pleinement son rôle de garant de l’avenir de la nation », c’est du moins ce que suggère Rick.

Lovely* est étudiante dans une université privée en Haïti. Elle pense que l’université chez nous fonctionne dans un véritable désordre. Car, la capacité d’accueil est en dessous de la moyenne. Il n’y a pas assez d’universités pour tout le monde. « À Port-au-Prince, nous sommes déjà trop. Ne parlons pas de ceux qui viennent des villes de province et qui doivent tous les ans grossir ce nombre ! », dit-elle. D’ailleurs, elle fait partie de ceux qui n’ont pas réussi à franchir le seuil de la faculté de médecine. « C’est pourquoi j’ai fait le choix de l’université que je fréquente en ce moment. Je ne pouvais rester sans rien faire, » a-t-elle fait savoir.

La politique d’accueil de l’université reste le centre des débats. Jacques* qui a déjà échoué aux examens d’entrée de deux facultés de l’UEH argue que l’État n’a pas de projet spécifique pour tous ces jeunes qui bouclent le cycle secondaire. « Il n’y a pas de politique pour permettre à ces jeunes de continuer leurs études. Ils s’arrêtent à la philo parce que chaque année, l’université reçoit la même quantité d’étudiants.

Or, la plupart des parents haïtiens dépourvus de moyens, croient que l’université d’État est la seule option pour leur progéniture. Sauf que cet espoir n’est pas toujours matérialisé. Parce qu’il n’est pas évident que ces élèves passent les concours avec succès. Lina*, une femme de quarante ans, a un fils unique. Elle avoue commencer à faire des économies pour financer les études supérieures de son garçon. Tout simplement, elle sait déjà que son fils a plus de chance d’échouer que de réussir à intégrer l’une des entités de l’UEH. « Menm si m se malerèz, m pa ka kite l chita », dit-elle avec une pointe de tristesse dans la voix.

Pour le professeur Lune Roc Pierre Louis, professeur à l’UEH, Le problème d’accueil à l’université n’est qu’un aspect d’une situation plus complexe. « Le grand problème de l’UEH est le manque de vision de ses dirigeants notamment le Conseil exécutif. Depuis l’année1986, mais surtout depuis 12 ans, ce Conseil prend l’université en otage. Il l’utilise à des fins privées, au gré de ses intérêts. Or, il devrait agir pour que l’université parvienne à desservir la population estudiantine. ». La CNRU (Cellule de Réflexion pour la Nouvelle UEH) milite depuis deux ans pour que l’université réponde valablement aux exigences des jeunes.

Ceux-ci pensent qu’il faut une politique d’intégration au niveau de l’université. La solution pour Jacques serait que l’État change de politique. Pour permettre à plus d’étudiants d’intégrer les facultés de leur choix. Quant à Rick, sa solution passe par la structure même. Il faut tout simplement que certains professeurs pensent à prendre leur retraite, que l’université soit mieux structurée, ait du matériel didactique pour performer les savoirs parce que la qualité de la formation doit être une priorité. Le problème de l’université est complexe. Il faut chercher leurs véritables causes pour y trouver les solutions adéquates. Solutions qui, pour la CRNU, passent par la mise en application de l’avant-projet de loi portant sur l’organisation et le fonctionnement de l’université d’État d’Haïti, adopté en session ordinaire du Conseil de l’université (CU) les premier et deux novembre de l’année 2014. De cette application découlerait donc des solutions efficaces. Sauf qu’en septembre 2015, la majorité de nos 76 191 bacheliers sera obligée de rester chez elle et d’appliquer la politique du béton.

par Stéphanie Balmir



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