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Haiti: Enfant de rue – L’abandonné


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16 Juin 2015

Le Champ-de-Mars est devenu l’un des principaux refuges des enfants de rues à Port-au-Prince. L’institut du Bien-être Social et de Recherches (IBESR) estime d’ailleurs à prêt d’un millier, le nombre d’enfants abandonnés à eux-mêmes dans les rues de la Capitale haïtienne. James (nom d’emprunt), un enfant de 15 ans, raconte son combat pour survivre au jour le jour.



Haiti: Enfant de rue – L’abandonné

« Donne-moi un dollar, s’il te plaît, pour manger », supplie James en tendant la main vers un passant du Champs-de-Mars qui ne le regarde même pas. Ce jeune garçon au visage creusé par la faim, répète inexorablement des dizaines de fois cette phrase tous les matins. Dès les premières lueurs du jour, il quitte son abri de fortune, une épave de voiture de la rue Capois qu’il partage avec son meilleur ami Ti Jo (nom fictif), pour retrouver son emplacement habituel, au coin d’une rue fréquentée du Centre-Ville.

 

Vers 9 heures du matin, après près de trois heures de mendicité infructueuse, James et Ti Jo se résignent à prendre des morceaux de tissu avec lesquels ils vont essuyer les pare-brises des véhicules, en échange d’un « adoquin». « Si les passants ne font pas preuve de plus de générosité, j’ai peur de devoir passer la journée sans manger », s’inquiète James, en rongeant ses ongles.

 

Ce jeune adolescent aux cheveux crépus, portant toujours le même maillot gris, et le même pantalon bleu, vit depuis l’âge de 10 ans dans la rue. Originaire de Mirebalais, une commune du département du Centre, il a déménagé en 2007 à Port-au-Prince, où ses parents espéraient trouver de meilleures conditions de vie. Très vite, la situation familiale a empiré. Ses parents ne sont pas parvenus à trouver du travail, et ils n’arrivaient plus à subvenir aux besoins de James et de ses trois frères et sœurs. Face à cette situation extrêmement précaire, ses parents, déchirés, avaient décidé, après quelques mois, de se séparer. James prend alors la décision de partir se réfugier dans la rue, contre l’avis de sa mère. Depuis quatre ans, la rue est donc sa maison, et c’est elle qui lui fournit ses maigres moyens de subsistance.

 

 »Boss, puis-je faire le clean ?  »

Au beau milieu de la journée, il fait chaud. Le soleil tape fort sur sa tête. James ne cesse pas son activité habituelle. Il s’y livre corps et âme. A chaque voiture qui arrive, il lève la main tenant le morceau de tissu, pour attirer l’attention des chauffeurs qui veulent avoir un service. Tout dépend de la journée et de la quantité d’argent qu’il gagne. Il a le choix, à cette heure d’acheter à manger ou boire une boisson. Ou de chercher un endroit propice au repos. Il a toujours de la chance et malgré la quantité énorme d’enfants dans les rues, il parvient tout de même à gagner son pain quotidien. Il garde toujours espoir malgré tout.

 

Un grand nombre de voitures circule dans les rues. Quand James se trouve face à un chauffeur, il lui dit tout simplement : « Boss, puis-je faire le clean? ». « Si ce patron éprouve une grande générosité, il peut me donner 50 gourdes, au moins », précise le gamin en regardant le va-et-vient des voitures.

 

Avant le tremblement de terre du 12 janvier 2010, James allait l’école, tous les après-midi. Après la réouverture des classes, il y est retourné pendant une courte période. Pour James, la méthode utilisée par les professeurs ne convenait pas. « C’est dur de mémoriser parfois les leçons et de faire les calculs », a-t-il précisé sur un ton ferme et sérieux. De plus, passer toute la journée avec ses collègues et amis dans les rues pour générer de l’argent ou se recréer, est devenu une tradition dont il ne peut plus se passer. Ainsi, il a décidé d’abandonner totalement ses études classiques sans pourtant oublier qu’il avait un rêve, avec hésitation, quand on lui  pose la question et qu’il répond: « J’aimerais devenir mécanicien ».

 

Vers les 2h PM, James cherche un endroit calme. D’ailleurs, il ne joue que rarement. Quand les activités ne sont pas intenses et qu’il y a peu de gens dans les rues, il regarde la télé au coin de la route. Parfois, il joue aux billes, fume ou assiste à une partie de poker ou de domino. Le jeune garçon n’est pas bagarreur, gagner ou perdre c’est la règle du jeu. « Quand on avait beaucoup d’argent, mes amis et moi avions décidé de monter à moto »,  explique James.

 

A la tombée de la nuit, certains des enfants rentrent et apportent quelque chose à la maison, contrairement à James, qui passe son quotidien au champ-de-mars. Lui, va auprès d’une marchande à qui il donne de l’argent pour lui réserver à manger le lendemain. Car il risque de se faire dépouiller s’il passe la nuit avec tout son argent en poche. James travaille tout le temps, car, pour lui, subvenir à ses besoins est une nécessité, voire une priorité. « Même après la tombée de la nuit, alors que tout le monde rentre pour aller dormir chez eux, je profite des décharges des supermarchés pour voir ce que je peux trouver pour passer la nuit », raconte-t-il.

L’heure de se coucher vient de sonner. Le garçon va tout droit à son domicile -l’épave de voiture- pour rejoindre ses amis. Dormir, rêver et attendre la prochaine journée. Une fois réveillé, et qu’il fait clair, que la rue est encore mouvementée, James reprend sa parolie : « Donne-moi un dollar, s’il te plaît, pour manger ».

Ricardo MONTIUS.



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