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Droits humains – Harcèlement sexuel en Haiti


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1 Juillet 2015

Haïti société/ Droits humains – Harcèlement sexuel : représentations collectives et silences



De toutes les violences liées au genre, le harcèlement demeure un fait social non identifié comme tel par les gens qui en sont victimes. En effet, ceux-ci ne tiennent pas compte qu’ils sont harcelés dans les rues, les bureaux, et les lieux publics. Pour certains, l’acte n’implique aucune culpabilité chez l’auteur et est perçu comme un jeu amical et plaisant. D’un autre côté, le harceleur croit affirmer, lorsqu’il s’agit d’un sexe masculin, sa masculinité et sa virilité. Et à certains égards, les victimes jouent le rôle de complice des agresseurs. Ce qui confère au comportement de ceux-ci une sorte de légitimité. Face à ce constat d’ignorance, les organismes féministes œuvrent à faire prendre conscience aux victimes du caractère répréhensif de l’acte qui porte atteinte à la dignité physique et morale des victimes nombreuses.

L’éducation scolaire en Haïti contribue à la fabrication des filles et des garçons. Les premières sont perçues comme des proies, tandis que les seconds sont les Don Juan qui pensent affirmer leur masculinité et leur virilité dans leur rôle de conquérants. Le harceleur croit toujours qu’il joue un rôle sexuel que lui a conféré la culture, tandis que la personne harcelée pense qu’elle attire et plait sans imaginer que le geste et le propos qui lui paraissent souvent plaisants et amicaux peuvent être objet de sanctions pénales si on légifère sur l’acte comme une agression.

Les bureaux, les lieux publics sont les scènes de la production de l’acte. Le harcèlement est perçu comme étant des gestes à être intégré dans les catégories des rôles sexuels. Au fait, dans les représentations sociales des rapports homme/femme, la femme est vue comme un objet de conquête, tandis que l’homme joue le rôle de conquérant. Donc, l’acte d’agression, en faisant abstraction des définitions des organismes nationaux et internationaux qui réfléchissent sur la violence liée au genre, correspond à un rôle sexuel auquel la tradition confère une sorte de légitimité. Cette légitimité résulterait des valeurs de la représentation des rôles sexuels de la socialisation des membres de la société. Ainsi, pouvons-nous observer, quand l’acte se produit, un triple silence

  1. a) le silence de la victime qui se perçoit comme une proie ou cible
  2. b) le silence du coupable qui pense jouer un rôle sexuel qui lui est conféré par la culture
  3. c) le silence du législateur qui ne crée aucune loi sur cette violence

Ces trois silences nous invitent à l’étude du concept de représentation collective à l’instar du sociologue Emile Durkheim. Ce concept étant un indicateur qui doit permettre de comprendre le fait social comme la manifestation de la culture des individus dans une société. En effet, selon Durkheim, les représentations collectives sont le corps de représentations qui expriment la façon dont les individus se pensent dans les rapports sociaux qui les affectent. Infuses avec l’expérience collective, elles donnent aux choses leur valeur et leur signification. Elles sont donc les dépôts et les transmetteurs de l’expérience collective et ainsi incarnent et expriment la réalité de l’existence d’une société.

La théorie durkheimienne nous invite à penser que les représentations collectives peuvent légitimer l’acte d’harcèlement et nous fait découvrir le relativisme des sanctions, des lois dans une autre aire culturelle. Certes, cela ne signifie pas que l’acte est légal ou illégal. Mais, cela démontre que dans la conscience collective, le harcèlement peut ou non renvoyer à la normalité ou la tendance à l’approbation.

C’est un point de vue qui apporte un éclairage sur la vie collective, régie par un ensemble de normes et de valeurs qui sont relativement partagées par les individus du macrocosme social. Aussi, ce que les féministes définissent comme une agression sexuelle (le harcèlement sexuel) peut être culturellement admis comme la norme des rapports sociaux de sexe dans la société. Et les silences qui en résultent doivent être inscrits aussi, pour en avoir une bonne compréhension, dans cette perspective sociologique. Avant tout moralisme, essayons de comprendre ce que les acteurs pensent eux-mêmes des faits dans lesquels ils sont impliqués. A l’instar de Jacques Philippe Lehens qui croit que nous sommes tous des psychologues, nous pouvons penser que nous sommes aussi tous des sociologues.

 

CHERISCLER Evens Boukman



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