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Centenaire de la première Occupation 28 Juillet 1915-28 Juillet 2015


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29 Juillet 2015



Centenaire de la première Occupation 28 Juillet 1915-28 Juillet 2015

Les Etats-Unis d’Amérique avaient envahi militairement la République d’Haïti le 28 juillet 1915 au mépris des prescriptions du droit international.

L’Administration Wilson s’empressa de mettre en place un gouvernement haïtien fantoche qui fera ses quatre volontés. Les troupes américaines occuperont les principales villes côtières et s’empareront des douanes de ces villes qui représentaient la principale source des revenus de l’Etat haïtien.

A l’automne 1915, les Américains imposèrent une convention de protectorat à Haïti pour légaliser leur coup de force ; cette convention fut votée au Parlement haïtien, le 6 Octobre 1915 à la Chambre par 70 députés contre 11, et au Sénat le 11 Novembre 1915 par 28 Sénateurs contre 11. Les parlementaires ayant voté favorablement reçurent peu après une récompense de 200 dollars américains en espèces de la part des autorités de l’Occupation.

Les Américains ne perdirent pas de temps pour liquider l’Armée nationale et la police dès le début de l’année 1916.

Au printemps 1916, le gouvernement fantoche appuyé par les militaires américains, entra en conflit avec le Parlement qui sera renvoyé une première fois. De nouvelles élections eurent lieu en janvier 1917. Ce parlement fut à son tour renvoyé en juin 1917 et le pays resta sans députés et sénateurs pendant 13 ans. En 1917, après l’intervention personnelle du président Dartiguenave, l’Acte additionnel resté secret pendant 5 ans, prolongea de dix ans la durée de l’occupation prévue initialement pour dix ans (1915-1925).

A l’issue d’une mascarade référendaire le 12 juin 1918, une nouvelle constitution fut imposée au peuple haïtien par le gouvernement américain. Franklin D.Roosevelt qui était alors ministre du Président Wilson se vanta d’en être l’auteur. En 1918, éclata la rébellion de Charlemagne Péralte dans le centre du pays. Péralte fut assassiné par  les Américains dans la nuit du 31 octobre au 1er  novembre1919 grâce aux services du traître Jean-Baptiste Conzé. La rébellion prit fin en octobre 1921 avec la capture du dernier chef caco Achille Jean. Les Américains commirent de nombreuses atrocités dans le pays. Ils firent fonctionner dans le Nord le camp d’extermination de Chabert, maquillé en camp de travail (Arbeit macht frei,déjà), qui liquida 15,000 personnes en trois ans (1918-1921). C’était  Auschwitz sous les tropiques.

En 1921, les Républicains reprirent le pouvoir et le nouveau  président Harding voulait sincèrement désoccuper Haïti. Conformément à ses promesses électorales, il envoya une commission à cette fin en Haïti et en République Dominicaine. Les Dominicains parlèrent d’une seule voix en faveur de la désoccupation et en 1924 les troupes américaines étaient retirées du pays voisin. Les Haïtiens émirent des opinions discordantes devant la même commission. Le résultat fut que si les atrocités des Américains diminuèrent considérablement et que le camp de Chabert fut rapidement fermé, l’Administration Harding, malgré ses bonnes dispositions initiales, devant nos incohérences, décida la poursuite de l’occupation en en aggravant les conditions politiques avec la nomination d’un Haut -Commissaire en la personne du général John Russell USMC qui cumulerait en les fonctions d’ambassadeur américain en Haïti et de commandant militaire des troupes d’occupation.

C’est dans cette foulée que Louis Borno fut élu président 4 ans pour remplacer Dartiguenave en 1922 par le Conseil d’Etat qui était une espèce de Parlement nommé. Borno fut réélu par le même Conseil d’Etat en 1926 pour un autre mandat de 4 ans. Il pratiqua une politique de collaboration à outrance avec l’occupant au point qu’on désigna le régime Borno-Russell sous le nom de « La dictature bicéphale ».

A la fin de l’année 1929 devant le refus de Borno d’organiser des élections législatives et devant son intention manifeste de conserver le pouvoir avec un 3e mandat, de graves troubles politiques éclatèrent dans le pays qui commençèrent  par la grève des étudiants de Damiens le 31 octobre 1929, dix ans après la mort de Charlemagne Péralte. Le 6 décembre 1929, les soldats américains massacrèrent à l’arme lourde des paysans qui manifestaient au carrefour de Marchaterre près des Cayes.

L’Administration du Président Hoover, dépêcha en février 1930 une Commission présidée par W. Cameron Forbes en Haïti pour rechercher un règlement politique à cette crise. Après avoir entendu toutes les parties, il fut conclu que Borno quitterait définitivement le pouvoir le 15 mai 1930 et serait remplacé par un président de consensus, l’agent de change Louis Eugene Roy qui aurait pour mission dans un délai de 6 mois d’organiser les élections législatives en vue de la reconstitution des deux chambres du Parlement lesquelles éliraient un nouveau président de la République après la démission programmée du Président Roy. Les élections démocratiques eurent lieu dans le plus grand ordre le 14 octobre 1930 et un mois après ce fut Sténio Vincent qui fut élu président de la République pour 6 ans par l’Assemblée Nationale, le 18 novembre 1930, alors que le président Roy, conformément à la parole donnée, abandonnait volontairement le pouvoir et rentrait chez lui à Pétion-ville.

On préparait la désoccupation de manière ordonnée. L’occupation devrait cesser au plus tard le 3 mai 1936. Mais le nouveau président Vincent montra très tôt des tendances à l’autoritarisme et il s’empressa d’instaurer une dictature dans le pays en 1935, moins d’un an après le départ du dernier soldat américain du sol haïtien en 1934, mais ceci est une autre affaire.

Quel est le bilan de la première occupation ?

On peut relever des éléments positifs :

1.-La première occupation cassa le cycle de la violence en Haïti pour 70 ans.

2.-La première occupation modernisa l’administration publique avec notamment la création en 1924 de l’actuelle DGI.

3.-La première occupation créa le système centralisé de santé publique qui fonctionne encore actuellement. C’est sa plus belle réalisation.

4.-La première occupation stabilisa la monnaie haïtienne au taux de 5 gourdes pour un dollar pendant soixante-dix ans (1919-1989).

 

Les éléments négatifs :

  • Au point de vue politique, nous perdîmes la Constitution de 1889, surnommée l’Immortelle. Le Parlement haïtien fut diminué dans son prestige, malgré son retour en 1930. L’Armée nationale et la police furent renvoyées. nous perdîmes une institution utile comme la Chambre des Comptes. L’occupant américain qui avait la réalité des pouvoirs en mains et qui disposait de l’argent de l’Etat haïtien fit de mauvais choix pour nous et nous imposa constamment des choses qui allaient contre l’intérêt du pays. Les Américains créèrent pendant leur première occupation de 19 ans un Etat centralisé fort en Haïti qui n’avait jamais existé depuis 1804. Le gouvernement de Port-au-Prince désormais disposait de moyens de coercition et de répression qu’aucun gouvernement haïtien n’avait eus avant 1915. Les contrepoids politiques régionaux avaient été éliminés et la nouvelle armée créée par l’occupant à partir de 1915, contrôlait le pays et avait pour mission de faire régner l’ordre américain en Haïti, un ordre qui commença à se défaire en 1946 et en 1986. Si ce n’était la première occupation, des régimes dictatoriaux comme celui de Sténio Vincent (2e partie 1935-1941) ou la dictature trentenaire des Duvaliers n’auraient jamais pu exister en Haïti. Les Américains livrèrent les Haïtiens pieds et poings liés à des bourreaux futurs dont ils n’auraient aucun moyen de se débarrasser.

 

 

  • Au point de vue économique.

Les choix des occupants désorganisèrent l’économie nationale. La paysannerie fut persécutée par les Américains comme réservoir à cacos et la production nationale déclina. Le volume de marchandise à l’import et à l’export dans la plupart des ports de province diminua, causant une baisse du niveau de vie dans les villes de province et dans leurs hinterlands.

La construction des chemins de fer qui devait nous doter d’un réseau ferré national fut stoppée définitivement. Les occupants construisent plutôt un réseau de mauvaises routes en terre pour nous orienter vers la solution du transport automobile afin de favoriser les grands constructeurs de Détroit.

Depuis la fin de la 1ere occupation en 1934, nous avons été envahis à deux autres reprises par les forces militaires des Etats-Unis, en 1994 et 2004. Cent ans après le début de la première occupation le pays connaît une troisième intervention militaire étrangère qui est encore en cours.

Ceci permet d’affirmer l’échec politique de l’intervention militaire étrangère comme moyen de régler les problèmes d’Haïti. On aura toujours une solution cosmétique, temporaire et plutôt de courte durée. On ne règle pas les problèmes politiques avec des moyens militaires. Le but de toute opération militaire est un résultat politique. Celui qui a les moyens de faire capoter ce résultat politique est le vrai vainqueur de la confrontation.


Par Georges Michel



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