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Au secours des jeunes de Cité-soleil


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16 Juillet 2015

Si la jeunesse représente l’avenir de la société haïtienne, à Cité-Soleil, il y a des jeunes qui ne peuvent plus rêver.



Des enfants, l’avenir de Cité Soleil. / Photo : Minustah
Des enfants, l’avenir de Cité Soleil. / Photo : Minustah

Nous sommes à la Cité des 34 quartiers. Les jeunes de cette zone urbaine fragilisée par toutes les formes de violences sociales, politiques, restent convaincus que leur vie quotidienne sombre au désespoir. Aussi, rien qu’à penser à leur avenir, des sentiments d’incertitude les animent et les rongent profondément.

Ces jeunes quittent tôt leurs parents pour évoluer dans des bandes ou  créer prématurément leurs propres familles. Souvent, ce sont des pères et des mères de plusieurs enfants. Et leur progéniture risque de connaître le même sort qu’eux. N’ayant pas d’accès à l’emploi,  au logement, à la santé, à l’éducation, à la formation professionnelle, aux loisirs, ils avouent être victimes de toutes les formes d’exclusion sociale.

Quand ils ne sont pas simplement scolarisés,  ils se trouvent dans l’obligation d’abandonner l’école. Ils n’ont pas, non plus, la chance d’avoir une formation professionnelle qui aurait pu leur garantir un emploi et un salaire. Victimes des violences symboliques, souvent leurs réactions sont aussi l’expression des violences qui sont sanctionnées par les agents de la répression policière.  Certains ont  déjà fait la prison  qui semble être un passage obligatoire pour ces garçons et ces filles qui se sont accoutumés à vivre comme des fugitifs.

Leur vie quotidienne, disent-ils,  c’est une tragédie. Dans une pièce de maison, ils sont plus d’une dizaine. Au réveil, ils ont beaucoup de peine  à manger car ils ne disposent pas de la somme modique de dix gourdes pour se procurer un plat chaud au restaurant populaire Ede pèp implanté à Cité-soleil  par l’actuel gouvernement. Entre eux, la solidarité reste la meilleure stratégie de survie. L’alcool, le jeu de pocker et de dominos,  la drogue, et parfois le sport qu’ils aiment, malgré l’absence de centre sportif et de terrain de football, sont leurs seuls passe-temps pour résister aux conditions de vie infrahumaine qu’ils ont toujours connues depuis leur enfance. Selon l’un d’eux qui opinait sur l’accès aux loisirs, la somme faramineuse qui a été dépensée pour le concert de Lill Wayne et de Chris Brown, aurait pu contribuer à la mise en place d’infrastructures sportives pour les jeunes qui se livrent à la délinquance, à la violence, à la prostitution dans la commune de Cité-soleil.

La population de Cité-soleil, confient quelques jeunes, ne reçoit aucune aide des autorités étatiques, des organismes internationaux qui auraient pu contribuer à améliorer leurs conditions de vie. Les organisations non gouvernementales ne sont pas présentes dans la Cité, en raison de la violence qui s’y est établie. Toutefois, ils disent être reconnaissants des travaux que Hands together et la Fondation Gabrie  ont réalisés dans cette commune où les populations sont très vulnérables.

Ces jeunes sont marginalisés et ne se représentent que par rapport à la violence, aux malversations politiques dont ils sont parfois les instruments. Ils ne pensent à eux-mêmes que par rapport à leur situation de vulnérabilité économique dont profitent souvent les leaders politiques. Questionnés sur les prochaines élections, ils expriment leurs doutes  car ils ne croient pas que celles-ci pourront apporter des solutions à leurs problèmes. Leur citoyenneté, pensent-ils, ne se définit plus par la jouissance des droits sociaux, politiques et économiques. La socialisation a fait d’eux des déviants qui semblent ne jamais pouvoir intégrer la société qui les a toujours rejetés.

Leur espoir est qu’un jour les décideurs viennent leur offrir d’autres alternatives qui leur permettraient d’avoir un statut social et les détourneraient de tout ce  qui est de nature à hypothéquer leur vie. La construction de logements, de centres de formation professionnelle, de centres de santé, de centres sportifs, devrait être la priorité de ceux qui briguent la présidence pour obtenir les votes de la population  de Cité-soleil et particulièrement ceux de la population juvénile.  Car, sans un changement de vision des acteurs politiques et un engagement réel  à tenir leurs promesses, il ne faudra point espérer une renaissance ou plutôt une naissance de Cité-soleil  dans laquelle tous les jeunes pourront aspirer  à un avenir prometteur. Il faut réellement que la jeunesse soit l’avenir de la société haïtienne. Il importe aux autorités d’en prendre conscience pour la préparer en conséquence.

CHERISCLER Evens



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