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Analyse de la méthode d’enseignement en Haïti

Critique sur la méthode d’enseignement en Haïti


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20 Juin 2015

La méthode d’enseignement en Haïti a toujours été remise en question et suscite jusqu’à présent de vifs débats dans le cercle des intellectuels, des professeurs et des spécialistes en pédagogie partout dans le monde, compte tenu du nombre d’échecs académiques enregistrés chaque année en Haïti.



Au premier abord, notre instruction est basée dans la plupart de nos écoles sur une méthode communément appelée “bat pakè”. C’est tout simplement le fait de connaître par cœur les leçons pour pouvoir les réciter et les écrire lors des examens. Cela s’explique par le fait que dans la plupart des écoles, pour avoir la moyenne pour une matière, le professeur exige que l’élève puisse réciter ou écrire les leçons telles qu’elles ont été écrites par l’auteur. Sans quoi, un gros zéro l’attend au carnet. Par conséquent, l’élève procède de cette manière de peur qu’il obtienne une mauvaise note dans son carnet. Mais comprend t-il réellement les notions qu’il étudie?
 
Dans les écoles étrangères, en général, l’élève procède de cette manière: Il lit avec compréhension le texte, puis il mémorise l’essentiel et finalement, en ses propres propos, il fait un résumé et l’explique plus tard. Pas étonnant que nos élèves ne puissent faire pareil, déjà qu’ils apprennent dans une langue qu’ils ne sentent pas vraiment à l’aise  et sur le point oral et sur le point écrit. Des professeurs témoignent que même arrivés à l’université, bon nombre d’étudiants sont médiocres en communication française. Cela explique comment il est encore plus difficile d’apprendre efficacement les notions didactiques.
 
Un autre facteur entre en jeu dans cette étude à savoir: La carence en expérimentation dans la méthode d’enseignement. En effet, très peu d’écoles disposent de laboratoire d’informatique, de chimie etc. Or ces matières comme la biologie, la géologie ou la chimie nécessitent des expériences et observations qui permettront aux élèves de mieux comprendre les notions apprises dans la classe et dans les manuels scolaires. De ce fait, les élèves ne maitrisent guère
les matières expérimentales même avec de bonnes notes. Comme par exemple, en physiologie, si le professeur parle des  parties de la feuille, prenons le limbe, il est primordial que le professeur puisse apporter une feuille pour montrer la partie qu’on appelle limbe. Même si le livre présente un schéma, un model concret serait encore plus utile à l’élève.
 
Certains étudiants estiment que l’instruction haïtienne est bénéfique pour eux car arrivés en terre étrangère, ils estiment être un peu plus en avance par rapport aux étrangers. C’est vrai d’une part mais cependant, sans une application concrète des notions apprises, ces connaissances sont inadéquates car la science reste et demeure un domaine expérimental.
 
Selon le document de ‘‘la stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous’’ du ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, publié en septembre 2007 : « Au niveau préscolaire, sur les 19893 professeurs, 65% (soit 13099) n’ont reçu aucune formation spécifique dans le domaine, dont 32%(environ 4219) n’ont pas le niveau académique équivalent à la classe de neuvième AF. Au niveau des deux premiers cycles de l’enseignement fondamental, sur 60261 professeurs, 79% (47678) n’ont aucune formation initiale de base. Environ 10% de ces 79% n’ont pas le niveau académique de la neuvième AF. Le département de l’Ouest possède un pourcentage plus élevé de professeurs qualifiés : 50%(universitaires, normaliens, jardinières etc…). Au sujet des professeurs de l’enseignement technique et professionnelle, les formateurs sont en grande partie sous-qualifiés au point de vue technique et n’ont pas de formation pédagogique. Toutes ces statistiques nous poussent à nous questionner : « Si la plupart de nos professeurs ne sont même pas formés alors comment pourraient t-ils  instruire efficacement »?
 
Un autre aspect entre en considération à savoir: Le manque de motivation des enseignants à l’amélioration de la qualité de l’enseignement. En bref, la précarité du travail de l’enseignant marquée par les salles de classes surabondantes et hors normes, des espaces physiques inadéquats, la sous-alimentation, la rémunération dérisoire, les distorsions qui existent entre les directives des plans et lois d’éducation sans compter la réalité de travail constituent des entraves à sa motivation et à l’efficacité de son acte pédagogique. Certaines pratiques négatives des enseignements au niveau de l’enseignement fondamental et secondaire sont à dénoncer comme : Violence physique, psychologique et verbale sur les élèves.
 
Par conséquent, il serait bon de recycler les enseignants avec des méthodes modernes, contrôler la qualité du niveau des enseignants dans toutes les écoles également avec l’aide de conseillers pédagogiques spécialement formé dans ce but. Concernant la langue d’enseignement, comme stipulé ci-avant, il serait impératif d’implanter, à titre pilote, des programmes d’éducation bilingue qui permettraient de déterminer les meilleures démarches de réalisation d’un bilinguisme adapté à la réalité haïtienne, lesquels seront coordonnés au niveau central par les directions techniques concernés du MENFP. Il faudrait également qu’on apprenne aux élèves d’être l’artisan de leur savoir en pratiquant la lecture et en faisant des recherches de façon méthodique tout en développant sa capacité à s’exprimer et à rédiger des rapports.
 
 
En dépit des efforts consentis par les instances concernées, le système éducatif haïtien nécessite une réforme en profondeur incluant : le recyclage des enseignants, l’expérimentation dans la méthode d’enseignement, l’établissement de programmes d’éducation bilingue et d’équiper les écoles de laboratoire d’informatique, de chimie sans oublier une bibliothèque tout en organisant des excursions éducatives…
 
En bref, il faut changer la méthode d’enseignement jusqu’ici appliquée dans les écoles haïtiennes. La méthode ‘‘bat pakè’’ n’est plus de mise, il serait préférable d’apprendre les élèves à comprendre réellement les notions qu’ils étudient et non de répéter comme un perroquet ce que l’auteur a écrit dans le manuel scolaire, également grâce à l’aide de l’expérimentation et des explications de professeurs qualifiés et formés selon la méthode actuelle. 
 
Etant donné qu’on dit toujours qu’une image vaut 1000 mots, nous vous laissons le soin d’admirer le dessin dont l’article fait suite tout en espérant qu’il puisse atteindre le paroxysme de votre conscience.


Marvens Christian Clériné
marvensclerine@gmail.com 
 


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