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28 juillet 2015, les étudiants ont gagné le pavé [100 ans Occupation Americaine 1915]


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29 Juillet 2015

Ce mardi 28 juillet 2015 ramène le centenaire de l’occupation américaine d’Haïti. Pour commémorer cette date, des étudiants de l’université d’État d’Haïti, avec indignation, ont gagné le pavé. Ils ont été par la suite suivis par la population. Ils chantent, crient, jouent, pleurent, banderoles en main. Ils réclament bon nombre de choses dont le départ de la Minustha.



28 juillet 2015, les étudiants ont gagné le pavé [100 ans Occupation Americaine 1915]

Il est 2h P.m. Il fait un soleil de plomb. Au carrefour de  la rue Magloire Ambroise et de la rue monseigneur Guilloux, une foule de gens gagne le pavé. Ils sont pour la plupart des étudiants de l’université d’État d’Haïti. On remarque la présence de la police et celle de la presse. Ce mouvement sort directement du ventre de la faculté d’Ethnologie et gagne les rues. Des étudiants de différentes facultés offrent un spectacle. Torse nu, corps tatoués, chaine autour du cou etc., ils étaient officiellement une dizaine d’acteurs, mais officieusement toutes les personnes se faisaient acteurs dans ce grand théâtre de rue.  Ils font une ronde, disent des textes et chants engagés (3 fèy, 3 rasin, Papa boukman O, etc.), les acteurs parlent de l’occupation, de pillages, de crimes. Dans des banderoles, il est écrit : « Aba okipasyon ak enperyalis, aba enjerans ak teworis », « Jistis ak reparasyon pou viktim kolera yo », « viv rezèv lò peyi a ».  Après de nombreuses présentations, ils laissent le Champ-de-Mars et mettent le cap vers Lalue.

« La première chose qu’ils ont faite fut de piller les caisses de l’État et notre sous-sol »

«Nous sommes de différentes organisations de l’UEH et des quartiers populaires : Grenadye 07, MOLEGAGH, LIDE, MELA, MODEP, etc. notre  présence aujourd’hui dans les rues s’explique par le fait que nous haïssons l’occupation américaine et nous la combattrons jusqu’à la victoire finale », a déclaré Lucien, étudiant de la faculté d’Ethnologie et président de l’organisation  grenadye 07. Il a ajouté : « qu’on se rappelle que la première chose qu’avaient faite les occupants après leur arrivée sur notre sol, c’est qu’ils avaient pillé les caisses de l’État et exploité toute la richesse du sous-sol. Ce sont eux qui ont détruit notre production nationale, c’est le cas par exemple de la disparition des cochons créole. De 1982 à 1994, ils ont poussé le pays à signer des accords dangereux contre la masse paysanne et les ouvriers et ont financé des coups d’état. Et ce sont ces derniers qui occasionnent des emprunts et des désaccords  entre Haïti et le FMI et surtout la banque mondiale. D’où notre déchéance. En 2004, ils ont financé d’autres coups d’état qui ont permis la Minustha, et on sait tous ce qu’elle nous a apportés comme malheur : Le choléra ».

« Notre bataille aujourd’hui c’est que nous sommes en désaccord avec le concept  occupation ». Car c’est elle qui a façonné en Haïti un État-Pèpè qui ne peut ni créer des emplois ni défendre la classe la plus défavorisée ; elle aussi qui a fabriqué une bourgeoise réactionnaire. Nous voulons que l’État d’Haïti soit dédommagé par l’État américain et ensuite qu’il nous rende la réserve d’or qu’ils ont pris dans les coffres de la banque d’État dans le pays », a précisé l’étudiant avec beaucoup de fougue et de détermination. « C’est une marche pacifique que nous organisons dans le souci de dire que nous sommes indignés, et nous avons pendant un bon bout de temps organisé des sit-in auprès de l’ambassade américaine. Mais aujourd’hui c’est exactement la date, nous faisons une grande journée de sensibilisation».

Et arrivés à la faculté des Sciences humaines, les gens sont complètement pris par le spectacle qui  continument  donne lieu de réfléchir sur la condition du peuple haïtien. La foule s’intensifie et devient de  plus en plus  dense. Et puis, tout est chant et bribes de texte. Les gestes des acteurs, leurs traits, leurs façons de dire,  disent  qu’ils sont de ceux-là qui s’inscrivent en faux contre toute forme d’oppression. C’était une manière pour l’université d’État d’Haïti de marquer ce 28 juillet 2015 qui ramène le centenaire de l’occupation américaine d’Haïti.

Carl-Henry PIERRE



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